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Much Ado About Nothing (William Shakespeare) | Beaucoup de bruit pour rien (Q692)

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Much Ado About Nothing

Beaucoup de bruit pour rien

Enter Leonato, his brother, his wife, Hero his daughter, and Beatrice his neece, and a kinsman. Leonato. Was not Count Iohn here at supper? Brother. I saw him not. Beatrice. How tartly that Gentleman lookes, I neuer can see him, but I am heart-burn'd an howre after.
Léonato, Antonio, Héro, Béatrice et autres. LÉONATO. — Le comte Jean n’était-il pas au souper ? ANTONIO. — Je ne l’ai point vu. BÉATRICE. — Quel air aigre a ce gentilhomme ! Je ne puis jamais le voir sans sentir une heure après des cuissons à l’estomac[1].
Hero. He is of a very melancholy disposition. Beatrice. Hee were an excellent man that were made iust in the mid-way betweene him and Benedicke, the one is too like an image and saies nothing, and the other too like my Ladies eldest sonne, euermore tatling.
HÉRO. — Il est d’un tempérament fort mélancolique. BÉATRICE. — Un homme parfait serait celui qui tiendrait le juste milieu entre lui et Bénédick. L’un ressemble trop à une statue qui ne dit mot, l’autre au fils aîné de ma voisine, qui babille sans cesse.
Leon. Then halfe signior Benedicks tongue in Count Iohns mouth, and halfe Count Iohns melancholy in Signior Benedicks face.
LÉONATO. — Ainsi moitié de la langue du seigneur Bénédick dans la bouche du comte Jean ; et moitié de la mélancolie du comte Jean sur le front du seigneur Bénédick…
Beat. With a good legge, and a good foot vnckle, and money enough in his purse, such a man would winne any woman in the world, if he could get her good will.
BÉATRICE. — Avec bon pied, bon œil et de l’argent dans sa bourse, mon oncle, un homme comme celui-là pourrait gagner telle femme qui soit au monde, pourvu qu’il sût lui plaire.
Leon. By my troth Neece, thou wilt neuer get thee a husband, if thou be so shrewd of thy tongue. Brother. Infaith shee's too curst.
LÉONATO. — Vous, ma nièce, vous ne gagnerez jamais un époux, si vous avez la langue si bien pendue. ANTONIO. — En effet, elle est trop maligne.
Beat. Too curst is more then curst, I shall lessen Gods sending that way: for it is said, God sends a curst Cow short hornes, but to a Cow too curst he sends none.
BÉATRICE. — Trop maligne, c’est plus que maligne ; car il est dit que Dieu envoie à une vache maligne des cornes courtes[2]  ; mais à une vache trop maligne, il n’en envoie point.
Leon. So, by being too curst, God will send you no hornes. Beat. Iust, if he send me no husband, for the which blessing, I am at him vpon my knees euery morning and euening: Lord, I could not endure a husband with a beard on his face, I had rather lie in the woollen.
LÉONATO. — Ainsi, parce que vous êtes trop maligne, Dieu ne vous enverra point de cornes. BÉATRICE. — Justement, s’il ne m’envoie jamais de mari ; et pour obtenir cette grâce, je le prie à genoux chaque matin et chaque soir. Bon Dieu ! je ne pourrais supporter un mari avec de la barbe au menton ; j’aimerais mieux coucher sur la laine.
Leonato. You may light vpon a husband that hath no beard.
LÉONATO. — Vous pourriez tomber sur un mari sans barbe.
Beatrice. What should I doe with him? dresse him in my apparell, and make him my waiting gentlewoman? he that hath a beard, is more then a youth: and he that hath no beard, is lesse then a man: and hee that is more then a youth, is not for mee: and he that is lesse then a man, I am not for him: therefore I will euen take sixepence in earnest of the Berrord, and leade his Apes into hell.
BÉATRICE. — Eh ! qu’en pourrais-je faire ? Le vêtir de mes robes et en faire ma femme de chambre ? Celui qui porte barbe n’est plus un enfant ; et celui qui n’en a point est moins qu’un homme.
Leon. Well then, goe you into hell.
Or celui qui n’est plus un enfant n’est pas mon fait, et je ne suis pas le fait de celui qui est moins qu’un homme. C’est pourquoi je prendrai six sous pour arrhes du conducteur d’ours, et je conduirai ses singes en enfer[3]. LÉONATO. — Quoi donc ? vous iriez donc en enfer ?
Beat. No, but to the gate, and there will the Deuill meete mee like an old Cuckold with hornes on his head, and say, get you to heauen Beatrice, get you to heauen, heere's no place for you maids, so deliuer I vp my Apes, and away to S. Peter: for the heauens, hee shewes mee where the Batchellers sit, and there liue wee as merry as the day is long.
BÉATRICE. — Non, seulement jusqu’à la porte ; et là le diable me viendra recevoir avec des cornes au front comme un vieux misérable, et me dira : Allez au ciel, Béatrice, allez au ciel ; il n’y a pas ici de place pour vous autres filles : c’est ainsi que je remets là mes singes et que je vais trouver saint Pierre pour entrer au ciel ; il me montre l’endroit où se tiennent les célibataires, et je mène avec eux joyeuse vie tout le long du jour.
Brother. Well neece, I trust you will be rul'd by your father. Beatrice. Yes faith, it is my cosens dutie to make curtsie, and say, as it please you: but yet for all that cosin, let him be a handsome fellow, or else make an other cursie, and say, father, as it please me.
ANTONIO. — Très-bien, ma nièce. – (À Héro.) j’espère que vous vous laisserez guider par votre père. BÉATRICE. — Oui, sans doute, c’est le devoir de ma cousine de faire la révérence, et de dire : Mon père, comme il vous plaira. Mais, cousine, malgré tout, que le cavalier soit bien tourné ; sans quoi, doublez la révérence et dites : Mon père, comme il vous plaira.
Leonato. Well neece, I hope to see you one day fitted with a husband.
LÉONATO. — J’espère bien un jour vous voir aussi pourvue d’un mari, ma nièce.
Beatrice. Not till God make men of some other mettall then earth, would it not grieue a woman to be ouermastred with a peece of valiant dust: to make account of her life to a clod of waiward marle? no vnckle, ile none: Adams sonnes are my brethren, and truly I hold it a sinne to match in my kinred.
BÉATRICE. — Non pas avant que la Providence fasse les maris d’une autre pâte que la terre. N’y a-t-il pas de quoi désespérer une femme de se voir régentée par un morceau de vaillante poussière, d’être obligée de rendre compte de sa vie à une motte de marne bourrue ? Non, mon oncle, je n’en veux point. Les fils d’Adam sont mes frères, et sincèrement je tiens pour péché de me marier dans ma famille.
Leon. Daughter, remember what I told you, if the Prince doe solicit you in that kinde, you know your answere.
LÉONATO. — Ma fille, souvenez-vous de ce que je vous ai dit. Si le prince vous fait quelques instances de ce genre, vous savez votre réponse.
Beatrice.
BÉATRICE. — Si l’on ne vous fait pas la cour à propos, cousine, la faute en sera dans la musique.
The fault will be in the musicke cosin, if you be not woed in good time: if the Prince bee too important, tell him there is measure in euery thing, & so dance out the answere, for heare me Hero, wooing, wedding, & repenting, is as a Scotch jigge, a measure, and a cinque-pace: the first suite is hot and hasty like a Scotch jigge (and full as fantasticall) the wedding manerly modest, (as a measure) full of state & aunchentry, and then comes repentance, and with his bad legs falls into the cinque-pace faster and faster, till he sinkes into his graue.
Si le prince devient trop importun, dites-lui qu’on doit suivre en tout une mesure, dansez-lui votre réponse. Écoutez bien, Héro, la triple affaire de courtiser, d’épouser et de se repentir est une gigue écossaise, un menuet et une sarabande.
Leonato. Cosin you apprehend passing shrewdly.
Les premières propositions sont ardentes et précipitées comme la gigue écossaise, et tout aussi bizarres. Ensuite, l’hymen grave et convenable est comme un vieux menuet plein de décorum. Après suit le repentir qui, de ses deux jambes écloppées, tombe de plus en plus dans la sarabande jusqu’à ce qu’il descende dans le tombeau. LÉONATO. — Ma nièce, vous voyez les choses d’un trop mauvais côté.
Beatrice. I haue a good eye vnckle, I can see a Church by daylight. Leon. The reuellers are entring brother, make good roome. Enter Prince, Pedro, Claudio, and Benedicke, and Balthasar, or dumbe Iohn, Maskers with a drum.
BÉATRICE. — J’ai de bons yeux, mon oncle, je peux voir une église en plein midi. LÉONATO. — Voici les masques. – (À Antonio.) Allons, mon frère, faites placer. (Entrent don Pèdre, Claudio, Bénédick, Balthazar, don Juan, Borachio, Marguerite, Ursule, et une foule d’autres masques.)
Lady, will you walke about with your friend? Hero. So you walke softly, and looke sweetly, and say nothing, I am yours for the walke, and especially when I walke away.
DON PÈDRE, abordant Héro. — Daignerez-vous, madame, vous promener avec un ami[4] ? HÉRO. — Pourvu que vous vous promeniez lentement, que vous me regardiez avec douceur, et que vous ne disiez rien, je suis à vous pour la promenade ; et surtout si je sors pour me promener.
Pedro. With me in your company. Hero. I may say so when I please. Pedro. And when please you to say so? Hero. When I like your fauour, for God defend the Lute should be like the case.
DON PÈDRE. — Avec moi pour votre compagnie ? HÉRO. — Je pourrai vous le dire quand cela me plaira. DON PÈDRE. — Et quand vous plaira-il de me le dire ? HÉRO. — Lorsque vos traits me plairont. Mais Dieu nous préserve que le luth ressemble à l’étui.
Pedro. My visor is Philemons roofe, within the house is Loue. Hero. Why then your visor should be thatcht. Pedro. Speake low if you speake Loue.
DON PÈDRE. — Mon masque est le toit de Philémon ; Jupiter est dans la maison. HÉRO. — En ce cas, pourquoi votre masque n’est-il pas en chaume ? DON PÈDRE. — Parlez bas, si vous parlez d’amour.
Bene. Well, I would you did like me. Mar. So would not I for your owne sake, for I haue manie ill qualities. Bene. Which is one? Mar. I say my prayers alowd.
(Héro et don Pèdre s’éloignent.) BÉNÉDICK[5] . — Eh bien ! je voudrais vous plaire ! MARGUERITE. — Je ne vous le souhaite pas pour l’amour de vous-même. J’ai mille défauts. BÉNÉDICK. — Nommez-en un. MARGUERITE. — Je dis tout haut mes prières.
Ben. I loue you the better, the hearers may cry Amen. Mar. God match me with a good dauncer. Balt. Amen. Mar. And God keepe him out of my sight when the daunce is done: answer Clarke.
BÉNÉDICK. — Vous m’en plaisez davantage. L’auditoire peut répondre ainsi soit-il. MARGUERITE. — Veuille le ciel me joindre à un bon danseur ! BÉNÉDICK. — Ainsi soit-il ! MARGUERITE. — Et Dieu veuille l’ôter de ma vue quand la danse sera finie ! Répondez, sacristain.
Balt. No more words, the Clarke is answered. Vrsula. I know you well enough, you are Signior Anthonio. Anth. At a word, I am not. Vrsula. I know you by the wagling of your head.
BÉNÉDICK. — Tout est dit ; le sacristain a sa réponse. URSULE. — Je vous connais du reste ; vous êtes le seigneur Antonio. ANTONIO. — En un mot, non. URSULE. — Je vous reconnais au balancement de votre tête !
Anth. To tell you true, I counterfet him. Vrsu. You could neuer doe him so ill well, vnlesse you were the very man: here's his dry hand vp & down, you are he, you are he. Anth.
ANTONIO. — À dire la vérité, je le contrefais un peu. URSULE. — Il n’est pas possible de le contrefaire si bien, à moins d’être lui ; et voilà sa main sèche[6] d’un bout à l’autre. Vous êtes Antonio, vous êtes Antonio.
At a word I am not. Vrsula. Come, come, doe you thinke I doe not know you by your excellent wit? can vertue hide it selfe? goe to mumme, you are he, graces will appeare, and there's an end.
ANTONIO. — En un mot, non. URSULE. — Bon, bon ; croyez-vous que je ne vous reconnaisse pas à votre esprit ? Le mérite se peut-il cacher ? Allons, chut ! vous êtes Antonio ; les grâces se trahissent toujours ; et voilà tout.
Beat. Will you not tell me who told you so? Bene. No, you shall pardon me. Beat. Nor will you not tell me who you are? Bened. Not now.
BÉATRICE. — Vous ne voulez pas me dire qui vous a dit cela ? BÉNÉDICK. — Non ; vous me pardonnerez ma discrétion. BÉATRICE. — Ni me dire qui vous êtes ? BÉNÉDICK. — Pas pour le moment.
Beat. That I was disdainfull, and that I had my good wit out of the hundred merry tales: well, this was Signior Benedicke that said so. Bene. What's he? Beat. I am sure you know him well enough.
BÉATRICE. — On a donc prétendu que j’étais dédaigneuse, et que je puisais mon esprit dans les Cent joyeux contes[7]. Allons, c’est le seigneur Bénédick qui a dit cela. BÉNÉDICK. — Qui est-ce ? BÉATRICE. — Oh ! je suis sûr que vous le connaissez bien.
Bene. Not I, beleeue me. Beat. Did he neuer make you laugh? Bene. I pray you what is he?
BÉNÉDICK. — Pas du tout, croyez-moi. BÉATRICE. — Comment, il ne vous a jamais fait rire ? BÉNÉDICK. — De grâce, qui est-ce ?
Beat. Why he is the Princes ieaster, a very dull foole, onely his gift is, in deuising impossible slanders, none but Libertines delight in him, and the commendation is not in his witte, but in his villanie, for hee both pleaseth men and angers them, and then they laugh at him, and beat him: I am sure he is in the Fleet, I would he had boorded me.
BÉATRICE. — C’est le bouffon du prince, un fou insipide. Tout son talent consiste à débiter d’absurdes médisances. Il n’y a que des libertins qui puissent se plaire en sa compagnie ;
Bene. When I know the Gentleman, Ile tell him what you say.
et encore ce n’est pas son esprit qui le leur rend agréable, mais bien sa méchanceté ; il plaît aux hommes et les met en colère. On rit de lui, et on le bâtonne. Je suis sûre qu’il est dans le bal. Oh ! je voudrais bien qu’il fût venu m’agacer. BÉNÉDICK. — Dès que je connaîtrai ce cavalier, je lui dirai ce que vous dites.
Beat. Do, do, hee'l but breake a comparison or two on me, which peraduenture (not markt, or not laugh'd at) strikes him into melancholly, and then there's a Partridge wing saued, for the foole will eate no supper that night. We must follow the Leaders.
BÉATRICE. — Oui, oui ; j’en serai quitte pour un ou deux traits malicieux ; et encore si par hasard ils ne sont pas remarqués ou s’ils ne font pas rire, le voilà frappé de mélancolie. Et c’est une aile de perdrix d’économisée, car l’insensé ne soupe pas ce soir-là. – (On entend de la musique dans l’intérieur). Il faut suivre ceux qui conduisent.
Ben. In euery good thing. Bea. Nay, if they leade to any ill, I will leaue them at the next turning. Exeunt. Musicke for the dance.
BÉNÉDICK. — Dans toutes les choses bonnes à suivre. BÉATRICE. — D’accord. Si l’on me conduit vers quelque mauvais pas, je les quitte au premier détour. (Danse. Tous sortent ensuite excepté don Juan, Borachio et Claudio.)
Sure my brother is amorous on Hero, and hath withdrawne her father to breake with him about it: the Ladies follow her, and but one visor remaines. Borachio. And that is Claudio, I know him by his bearing.
DON JUAN. — Sûrement mon frère est amoureux d’Héro ; je l’ai vu tirant le père à l’écart pour lui en faire l’ouverture. Les dames la suivent, et il ne reste qu’un seul masque. BORACHIO. — Et ce masque est Claudio, je le reconnais à sa démarche.
Iohn. Are not you signior Benedicke? Clau. You know me well, I am hee. Iohn. Signior, you are verie neere my Brother in his loue, he is enamor'd on Hero, I pray you disswade him from her, she is no equall for his birth: you may do the part of an honest man in it.
DON JUAN. — Seriez-vous le seigneur Bénédick ? CLAUDIO. — Vous ne vous trompez point, c’est moi. DON JUAN. — Seigneur, vous êtes fort avancé dans les bonnes grâces de mon frère ; il est épris de Héro. Je vous prie de le dissuader de cette idée. Héro n’est point d’une naissance égale à la sienne. Vous pouvez jouer en ceci le rôle d’un honnête homme.
Claudio. How know you he loues her? Iohn. I heard him sweare his affection. Bor. So did I too, and he swore he would marrie her to night.
CLAUDIO. — Comment savez-vous qu’il l’aime ? DON JUAN. — Je l’ai entendu lui jurer son amour. BORACHIO. — Et moi aussi ; il lui jurait de l’épouser cette nuit.
Iohn. Come, let vs to the banquet. *Ex. manet Clau. Clau.*
DON JUAN, bas à Borachio. — Viens ; allons au banquet. (Don Juan et Borachio se retirent.) CLAUDIO seul.
Thus answere I in name of Benedicke, But heare these ill newes with the eares of Claudio: 'Tis certaine so, the Prince woes for himselfe: Friendship is constant in all other things, Saue in the Office and affaires of loue: Therefore all hearts in loue vse their owne tongues.
— Je réponds ainsi sous le nom de Bénédick ; mais c’est de l’oreille de Claudio que j’entends ces fatales nouvelles ! Rien n’est plus certain. Le prince fait la cour pour son propre compte.
Let euerie eye negotiate for it selfe, And trust no Agent: for beautie is a witch, Against whose charmes, faith melteth into blood: This is an accident of hourely proofe, Which I mistrusted not. Farewell therefore Hero.
Dans toutes les affaires humaines, l’amitié se montre fidèle, hormis dans les affaires d’amour ; que tous les cœurs amoureux se servent de leur propre langue ; que l’œil négocie seul pour lui-même, et ne se fie à aucun agent. La beauté est une enchanteresse, et la bonne foi qui s’expose à ses charmes se dissout en sang[8]. C’est une vérité dont la preuve s’offre à toute heure, et dont je ne me défiais pas ! Adieu donc, Héro.
Enter Benedicke. Count Claudio. Clau. Yea, the same. Ben. Come, will you goe with me? Clau. Whither?
(Rentre Bénédick.) BÉNÉDICK. — Le comte Claudio ? CLAUDIO. — Oui, lui-même. BÉNÉDICK, ôtant son masque. — Voulez-vous me suivre ? marchons. CLAUDIO. — Où ?
Ben. Euen to the next Willow, about your own businesse, Count. What fashion will you weare the Garland off? About your necke, like an Vsurers chaine? Or vnder your arme, like a Lieutenants scarfe? You must weare it one way, for the Prince hath got your Hero.
BÉNÉDICK. — Au pied du premier saule, comte, pour vos affaires. Comment voulez-vous porter la guirlande que nous tresserons ? À votre cou comme la chaîne d’un usurier[9], ou sous le bras comme l’écharpe d’un capitaine ? Il faut la porter de façon ou d’autre, car le prince s’est emparé de votre Héro.
Clau. I wish him ioy of her. Ben. Why that's spoken like an honest Drouier, so they sel Bullockes: but did you thinke the Prince wold haue serued you thus?
CLAUDIO. — Je lui souhaite beaucoup de bonheur avec elle. BÉNÉDICK. — Vraiment vous parlez comme un honnête marchand de bétail ; voilà comme ils vendent leurs bœufs. – Mais auriez-vous cru que le prince vous eût traité de cette manière ?
Clau. I pray you leaue me. Ben. Ho now you strike like the blindman, 'twas the boy that stole your meate, and you'l beat the post. Clau. If it will not be, Ile leaue you. Exit.
CLAUDIO. — De grâce, laissez-moi. BÉNÉDICK. — Oh ! voilà que vous frappez comme un aveugle. C’est l’enfant qui vous a dérobé votre viande, et vous battez la borne[10]. CLAUDIO. — Puisqu’il ne vous plaît pas de me laisser, je vous laisse, moi. (Il sort.)
Ben. Alas poore hurt fowle, now will he creepe into sedges: But that my Ladie Beatrice should know me, & not know me: the Princes foole! Hah? It may be I goe vnder that title, because I am merrie: yea but so I am apt to do my selfe wrong: I am not so reputed, it is the base (though bitter) disposition of Beatrice, that putt's the world into her person, and so giues me out: well, Ile be reuenged as I may.
BÉNÉDICK. — Hélas ! pauvre oiseau blessé, il va se glisser dans quelque haie. Mais… que Béatrice me connaisse si bien… et pourtant me connaisse si mal ! Le bouffon du prince ! Ah ! il se pourrait bien qu’on me donnât ce titre, parce que je suis jovial.
Enter the Prince. Now Signior, where's the Count, did you see him?
– Non, je suis sujet à me faire injure à moi-même ; je ne passe point pour cela. C’est l’esprit méchant, envieux de Béatrice, qui se dit le monde, et me peint sous ces couleurs. Fort bien, je me vengerai de mon mieux. (Entrent don Pèdre, Héro et Léonato.) DON PÈDRE. — Ah ! signor, où trouverai-je le comte ? L’avez-vous vu ?
Bene. Troth my Lord, I haue played the part of Lady Fame, I found him heere as melancholy as a Lodge in a Warren, I told him, and I thinke, told him true, that your grace had got the will of this young Lady, and I offered him my company to a willow tree, either to make him a garland, as being forsaken, or to binde him a rod, as being worthy to be whipt.
BÉNÉDICK. — Ma foi, seigneur, je viens de jouer le rôle de dame Renommée. J’ai trouvé ici le comte, aussi mélancolique qu’une cabane dans une garenne[11].
Pedro. To be whipt, what's his fault?
Je lui dis, et je crois avoir dit vrai, que Votre Altesse avait conquis les bonnes grâces de cette jeune dame. Puis je lui offre de l’accompagner jusqu’à un saule, soit pour lui tresser une guirlande, comme à un amant délaissé, ou pour lui fournir un faisceau de verges, comme à un homme qui mériterait d’être fouetté. DON PÈDRE. — D’être fouetté ! Et quelle est sa faute ?
Bene. The flat transgression of a Schoole-boy, who being ouer-ioyed with finding a birds nest, shewes it his companion, and he steales it. Pedro. Wilt thou make a trust, a transgression? the transgression is in the stealer.
BÉNÉDICK. — La sottise d’un écolier qui, dans sa joie d’avoir trouvé un nid d’oiseau, le montre à son camarade, et celui-ci le vole. DON PÈDRE. — Traiterez-vous de faute une marque de confiance ? La faute est au voleur.
Ben. Yet it had not been amisse the rod had beene made, and the garland too, for the garland he might haue worne himselfe, and the rod hee might haue bestowed on you, who (as I take it) haue stolne his birds nest.
BÉNÉDICK. — Et cependant il n’eût pas été mal à propos qu’on eut préparé et les verges et la guirlande. Le comte aurait pu porter la guirlande, et il aurait pu donner les verges à Votre Altesse qui, à ce que je crois, lui a volé son nid d’oiseaux.
Pedro. I will but teach them to sing, and restore them to the owner. Bene. If their singing answer your saying, by my faith you say honestly.
DON PÈDRE. — Je ne veux que leur apprendre à chanter, et les rendre ensuite à leur légitime maître. BÉNÉDICK. — Si leur chant s’accorde avec votre langage, vous parlez en honnête homme.
Pedro. The Lady Beatrice hath a quarrell to you, the Gentleman that daunst with her, told her shee is much wrong'd by you.
DON PÈDRE. — La signora Béatrice vous prépare une querelle. Le cavalier qui dansait avec elle lui a dit que vous lui faisiez beaucoup de tort.
Bene.
BÉNÉDICK. — Oh !
O she misusde me past the indurance of a block: an oake but with one greene leafe on it, would haue answered her: my very visor began to assume life, and scold with her: shee told mee, not thinking I had beene my selfe, that I was the Princes Iester, and that I was duller then a great thaw, hudling iest vpon iest, with such impossible conueiance vpon me, that I stood like a man at a marke, with a whole army shooting at me: shee speakes poynyards, and euery word stabbes: if her breath were as terrible as terminations, there were no liuing neere her, she would infect to the north starre: I would not marry her, though she were indowed with all that Adam had left him before he transgrest, she would haue made Hercules haue turnd spit, yea, and haue cleft his club to make the fire too: come, talke not of her, you shall finde her the infernall Ate in good apparell.
elle m’a maltraité à faire perdre patience à un bloc ! Un chêne, n’ayant plus qu’une feuille verte, lui aurait répondu. Mon masque même commençait à prendre vie et à la quereller.
I would to God some scholler would coniure her, for certainely while she is heere, a man may liue as quiet in hell, as in a sanctuary, and people sinne vpon purpose, because they would goe thither, so indeed all disquiet, horror, and perturbation followes her.
Elle m’a dit, sans se douter qu’elle me parlait à moi-même, que j’étais le bouffon du prince, et que j’étais plus insipide qu’un grand dégel. Entassant sarcasmes sur sarcasmes, avec une habileté inconcevable, elle m’en a tant dit que je suis resté comme un homme en butte aux traits de toute une armée qui tire sur lui. Ses propos sont des poignards ; chaque mot vous tue. Si son souffle était aussi terrible que ses expressions, il n’y aurait auprès d’elle personne en vie, elle lancerait la mort jusqu’au pôle. – Eût-elle tous les biens dont Adam fut le maître, avant qu’il eût transgressé, je ne voudrais pas d’elle pour mon épouse. Elle eût fait tourner la broche à Hercule, et aurait fendu sa massue pour entretenir le feu. Allons, ne me parlez pas d’elle, c’est l’infernale Àté[12] bien habillée. Plût à Dieu que quelque clerc daignât la conjurer ! car, tant qu’elle sera sur cette terre, on pourrait vivre en enfer aussi tranquillement que dans un sanctuaire ;
Enter Claudio and Beatrice, Leonato, Hero. Looke heere she comes.
et les gens pèchent exprès afin d’y arriver plus tôt, tant la peine, le trouble et l’horreur la suivent partout. (Rentrent Claudio et Béatrice.) DON PÈDRE. — Regardez, la voici qui vient.
Bene. Will your Grace command mee any seruice to the worlds end?
BÉNÉDICK. — Voulez-vous m’envoyer au bout du monde pour votre service ? Je vais à l’instant aux antipodes sous le plus léger prétexte que vous puissiez inventer.
I will goe on the slightest arrand now to the Antypodes that you can deuise to send me on: I will fetch you a tooth-picker now from the furthest inch of Asia: bring you the length of Prester Iohns foot: fetch you a hayre off the great Chams beard: doe you any embassage to the Pigmies, rather then hould three words conference, with this Harpy: you haue no employment for me?
Je cours vous chercher un cure-dent aux dernières limites de l’Asie, prendre la mesure du pied du Prêtre-Jean[13], vous chercher un poil de la barbe du grand Cham, négocier quelque ambassade chez les Pygmées, plutôt que de soutenir un entretien de trois paroles avec cette harpie. N’avez-vous aucun emploi à me confier ?
Pedro. None, but to desire your good company. Bene. O God sir, heeres a dish I loue not, I cannot indure this Lady tongue. Exit. Pedr. Come Lady, come, you haue lost the heart of Signior Benedicke.
DON PÈDRE. — Nul autre que de tenir à votre bonne compagnie. BÉNÉDICK. — Ô Dieu ! seigneur, vous avez céans un mets qui n’est pas de mon goût ; je ne puis souffrir madame Caquet. (Il sort.) DON PÈDRE. — Je vous apprends, madame, que vous avez perdu le cœur du seigneur Bénédick.
Beatr. Indeed my Lord, hee lent it me a while, and I gaue him vse for it, a double heart for a single one, marry once before he wonne it of mee, with false dice, therefore your Grace may well say I haue lost it.
BÉATRICE. — Il est vrai, prince, qu’il me l’a prêté jadis un moment, et je lui en donnai l’intérêt, un cœur double pour un cœur simple. Il m’a regagné son cœur avec des dés pipés. Ainsi Votre Altesse fait bien de dire que je l’ai perdu.
Pedro. You haue put him downe Lady, you haue put him downe. Beat. So I would not he should do me, my Lord, lest I should prooue the mother of fooles: I haue brought Count Claudio, whom you sent me to seeke.
DON PÈDRE. — Vous l’avez mis par terre, madame, vous l’avez mis par terre. BÉATRICE. — Je serais bien fâchée qu’il prît un jour sa revanche sur moi, seigneur ; je craindrais trop d’être la mère de quelques imbéciles. – J’ai amené le comte Claudio que j’ai envoyé chercher.
Pedro. Why how now Count, wherfore are you sad? Claud. Not sad my Lord. Pedro. How then? sicke? Claud. Neither, my Lord.
DON PÈDRE. — Eh bien ! qu’avez-vous, comte ? Pourquoi êtes-vous triste ? CLAUDIO. — Seigneur, je ne suis point triste. DON PÈDRE. — Qu’êtes-vous donc ? malade ? CLAUDIO. — Ni malade, seigneur.
Beat. The Count is neither sad, nor sicke, nor merry, nor well: but ciuill Count, ciuill as an Orange, and something of a iealous complexion.
BÉATRICE. — Le comte n’est ni triste ni malade, ni bien portant ni gai. – Mais vous êtes poli, comte, poli comme une orange, et un peu de la même teinte jalouse.
Pedro. Ifaith Lady, I thinke your blazon to be true. though Ile be sworne, if hee be so, his conceit is false: heere Claudio, I haue wooed in thy name, and faire Hero is won, I haue broke with her father, and his good will obtained, name the day of marriage, and God giue thee ioy.
DON PÈDRE. — Sérieusement, madame, je crois votre blason fidèle ; et cependant si Claudio est ainsi, je lui jure que ses soupçons sont injustes. – Voilà, Claudio, j’ai fait la cour en votre nom ; et la belle Héro s’est rendue. Je viens de sonder son père ; il donne son agrément. Indiquez le jour du mariage, et que Dieu vous rende heureux.
Leona. Count, take of me my daughter, and with her my fortunes: his grace hath made the match, & all grace say, Amen to it. Beatr. Speake Count, tis your Qu.
LÉONATO. — Comte, recevez ma fille de ma main, et avec elle ma fortune. Son Altesse a fait le mariage, et que tous y applaudissent. BÉATRICE. — Parlez, comte, c’est votre tour.
Claud. Silence is the perfectest Herault of ioy, I were but little happy if I could say, how much? Lady, as you are mine, I am yours, I giue away my selfe for you, and doat vpon the exchange.
CLAUDIO. — Le silence est l’interprète le plus éloquent de la joie. Je ne serais que faiblement heureux si je pouvais dire combien je le suis. – (À Héro.) Si vous êtes à moi, madame, je suis à vous ; je me donne en échange de vous, et suis passionnément heureux de ce marché.
Beat. Speake cosin, or (if you cannot) stop his mouth with a kisse, and let not him speake neither. Pedro. In faith Lady you haue a merry heart.
BÉATRICE. — Parlez, ma cousine ; ou si vous ne pouvez pas, fermez lui la bouche par un baiser, et ne le laissez pas parler non plus. DON PÈDRE. — En vérité, mademoiselle, vous avez le cœur gai.
Beatr. Yea my Lord I thanke it, poore foole it keepes on the windy side of Care, my coosin tells him in his eare that he is in my heart. Clau. And so she doth coosin.
BÉATRICE. — Oui, monseigneur, je l’en remercie ; le pauvre diable se tient toujours contre le vent du souci. – Ma cousine lui dit à l’oreille qu’il habite dans son cœur. CLAUDIO. — Et c’est en effet ce qu’elle me dit, ma cousine.
Beat. Good Lord for alliance: thus goes euery one to the world but I, and I am sun-burn'd, I may sit in a corner and cry, heigh ho for a husband. Pedro.
BÉATRICE. — Bon Dieu ! voilà donc encore une alliance ! – C’est ainsi que chacun entre dans le monde ; il n’y a que moi qui sois brûlée du soleil[14]. Il faut que j’aille m’asseoir dans un coin, pour crier : Holà ! un mari !
Lady Beatrice, I will get you one. Beat. I would rather haue one of your fathers getting: hath your Grace ne're a brother like you? your father got excellent husbands, if a maid could come by them.
DON PÈDRE. — Béatrice, je veux vous en procurer un. BÉATRICE. — J’aimerais mieux en avoir un de la main de votre père. Votre Altesse n’aurait-elle point un frère qui lui ressemble ? Votre père faisait d’excellents maris… si une pauvre fille pouvait atteindre jusqu’à eux.
Prince. Will you haue me? Lady. Beat. No, my Lord, vnlesse I might haue another for working-daies, your Grace is too costly to weare euerie day: but I beseech your Grace pardon mee, I was borne to speake all mirth, and no matter.
DON PÈDRE. — Voudriez-vous de moi, madame ? BÉATRICE. — Non, monseigneur, à moins d’en avoir un second pour les jours ouvrables. Votre Altesse est d’un trop grand prix pour qu’on s’en serve tous les jours ; mais je vous prie, pardonnez-moi, je suis née pour dire toujours des folies qui n’ont point de fond.
Prince. Your silence most offends me, and to be merry, best becomes you, for out of question, you were born in a merry howre.
DON PÈDRE. — Votre silence seul me blesse. La gaieté est ce qui vous sied le mieux. Sans aucun doute, vous êtes née dans une heure joyeuse.
Beatr. No sure my Lord, my Mother cried, but then there was a starre daunst, and vnder that was I borne: cosins God giue you ioy. Leonato. Neece, will you looke to those things I told you of?
BÉATRICE. — Non sûrement, seigneur, ma mère criait, mais une étoile dansait alors, et je naquis sous son aspect. – Cousins, que Dieu vous donne le bonheur ! LÉONATO. — Ma nièce, voulez-vous voir à cette chose dont je vous ai parlé ?
Beat. I cry you mercy Vncle, by your Graces pardon. Exit Beatrice. Prince. By my troth a pleasant spirited Lady.
BÉATRICE. — Ah ! je vous demande pardon, mon oncle ; avec la permission de Votre Altesse. (Elle sort.) DON PÈDRE. — Voilà sans contredit une femme enjouée.
Leon. There's little of the melancholy element in her my Lord, she is neuer sad, but when she sleepes, and not euer sad then: for I haue heard my daughter say, she hath often dreamt of vnhappinesse, and wakt her selfe with laughing.
LÉONATO. — Il est vrai, seigneur, que la mélancolie est un élément qui domine peu chez elle ; elle n’est sérieuse que quand elle dort, encore pas toujours. J’ai ouï dire à ma fille que Béatrice rêvait à des malheurs et se réveillait à force de rire.
Pedro. Shee cannot indure to heare tell of a husband. Leonato. O, by no meanes, she mocks all her wooers out of suite. Prince. She were an excellent wife for Benedick.
DON PÈDRE. — Elle ne peut souffrir qu’on lui parle d’un mari. LÉONATO. — Oh ! du tout. Elle décourage tous les aspirants par ses railleries. DON PÈDRE. — Ce serait une femme parfaite pour Bénédick.
Leonato. O Lord, my Lord, if they were but a weeke married, they would talke themselues madde. Prince. Counte Claudio, when meane you to goe to Church?
LÉONATO. — Ah ! Seigneur ! s’ils étaient mariés, monseigneur, seulement huit jours, ils deviendraient fous à force de parler. DON PÈDRE. — Comte Claudio, quand vous proposez-vous d’aller à l’église ?
Clau. To morrow my Lord, Time goes on crutches, till Loue haue all his rites. Leonato. Not till monday, my deare sonne, which is hence a iust seuen night, and a time too briefe too, to haue all things answer minde.
CLAUDIO. — Demain, seigneur : le temps se traîne sur des béquilles jusqu’à ce que l’Amour ait vu ses rites accomplis. LÉONATO. — Pas avant lundi, mon cher fils. C’est juste dans huit jours, et le temps est déjà trop court.
Prince. Come, you shake the head at so long a breathing, but I warrant thee Claudio, the time shall not goe dully by vs, I will in the interim, vndertake one of Hercules labors, which is, to bring Signior Benedicke and the Lady Beatrice into a mountaine of affection, th' one with th' other, I would faine haue it a match, and I doubt not but to fashion it, if you three will but minister such assistance as I shall giue you direction.
DON PÈDRE. — Allons, vous secouez la tête à un si long délai ; mais je vous garantis, Claudio, que le temps ne nous pèsera pas ; je veux dans l’intervalle entreprendre un des travaux d’Hercule.
Leonato. My Lord, I am for you, though it cost mee ten nights watchings.
C’est d’amener le seigneur Bénédick et Béatrice à avoir l’un pour l’autre une montagne d’amour ; je voudrais en faire un mariage, et je ne doute pas d’en venir à bout, si vous voulez bien tous trois me prêter l’aide que je vous demanderai. LÉONATO. — Monseigneur, comptez sur moi, dussé-je passer dix nuits sans dormir.
Claud. And I my Lord. Prin. And you to gentle Hero? Hero. I will doe any modest office, my Lord, to helpe my cosin to a good husband.
CLAUDIO. — Seigneur, j’en dis autant. DON PÈDRE. — Et vous aussi, aimable Héro ? HÉRO. — Je ferai tout ce qu’on pourra faire avec convenance, seigneur, pour procurer à ma cousine un bon mari.
Prin.
DON PÈDRE.
And Benedick is not the vnhopefullest husband that I know: thus farre can I praise him, hee is of a noble straine, of approued valour, and confirm'd honesty, I will teach you how to humour your cosin, that shee shall fall in loue with Benedicke, and I, with your two helpes, will so practise on Benedicke, that in despight of his quicke wit, and his queasie stomacke, hee shall fall in loue with Beatrice: if wee can doe this, Cupid is no longer an Archer, his glory shall be ours, for wee are the onely loue-gods, goe in with me, and I will tell you my drift.
— Et des maris que je connais, Bénédick n’est pas celui qui promet le moins ; je puis lui donner cet éloge ; il est d’un sang illustre, d’une valeur reconnue, d’une honnêteté prouvée.
Exit.
Je vous enseignerai à disposer votre cousine à devenir amoureuse de Bénédick ; tandis que moi, soutenu de mes deux amis, je me charge d’opérer sur Bénédick. En dépit de son esprit vif et de son estomac particulier, je veux qu’il s’enflamme pour Béatrice. Si nous pouvons réussir, Cupidon cesse d’être un archer : toute sa gloire nous appartiendra, comme aux seuls dieux de l’amour. Entrez avec moi, et je vous expliquerai mon projet. (Ils sortent.)
Enter Iohn and Borachio. It is so, the Count Claudio shal marry the daughter of Leonato. Bora. Yea my Lord, but I can crosse it.
Appartement du palais de Léonato. Entrent don Juan et Borachio. DON JUAN. — C’est une affaire conclue, le comte Claudio épouse la fille de Léonato. BORACHIO. — Oui, seigneur ; mais je puis traverser cette affaire.
Iohn. Any barre, any crosse, any impediment, will be medicinable to me, I am sicke in displeasure to him, and whatsoeuer comes athwart his affection, ranges euenly with mine, how canst thou crosse this marriage?
DON JUAN. — Tout obstacle, toute entrave, toute machination sera un baume pour mon cœur. Je suis malade de la haine que je lui porte, et tout ce qui pourra contrarier ses inclinations s’accordera avec les miennes. – Comment feras-tu pour entraver le mariage ?
Bor. Not honestly my Lord, but so couertly, that no dishonesty shall appeare in me. Iohn. Shew me breefely how.
BORACHIO. — Ce ne sera pas par des voies honnêtes, seigneur ; mais elles seront si secrètes, qu’on ne pourra m’accuser de malhonnêteté. DON JUAN. — Vite, dis-moi comment.
Bor. I thinke I told your Lordship a yeere since, how much I am in the fauour of Margaret, the waiting gentlewoman to Hero. Iohn. I remember.
BORACHIO. — Je croyais vous avoir dit, seigneur, il y a un an, combien j’étais dans les bonnes grâces de Marguerite, suivante d’Héro. DON JUAN. — Je m’en souviens.
Bor. I can at any vnseasonable instant of the night, appoint her to looke out at her Ladies chamber window. Iohn. What life is in that, to be the death of this marriage?
BORACHIO. — Je puis, à une heure indue de la nuit, la charger de se montrer au balcon de l’appartement de sa maîtresse. DON JUAN. — Qu’y a-t-il là qui soit capable de tuer ce mariage[15] ?
Bor. The poyson of that lies in you to temper, goe you to the Prince your brother, spare not to tell him, that hee hath wronged his Honor in marrying the renowned Claudio, whose estimation do you mightily hold vp, to a contaminated stale, such a one as Hero.
BORACHIO. — Le poison, c’est à vous à l’extraire, seigneur. Allez trouver le prince votre frère, ne craignez point de lui dire qu’il compromet son honneur, en unissant l’illustre Claudio, dont vous faites le plus grand cas, à une vraie prostituée, comme Héro.
Iohn. What proofe shall I make of that? Bor. Proofe enough, to misuse the Prince, to vexe Claudio, to vndoe Hero, and kill Leonato, looke you for any other issue?
DON JUAN. — Quelle preuve en fournirai-je ? BORACHIO. — Une preuve assez forte pour abuser le prince, tourmenter Claudio, perdre Héro, et tuer Léonato. Avez-vous quelque autre but ?
Iohn. Onely to despight them, I will endeauour any thing.
DON JUAN. — Seulement pour les désoler, il n’est rien que je n’entreprenne.
Bor.
BORACHIO.
Goe then, finde me a meete howre, to draw on Pedro and the Count Claudio alone, tell them that you know that Hero loues me, intend a kinde of zeale both to the Prince and Claudio (as in a loue of your brothers honor who hath made this match) and his friends reputation, who is thus like to be cosen'd with the semblance of a maid, that you haue discouer'd thus: they will scarcely beleeue this without triall: offer them instances which shall beare no lesse likelihood, than to see mee at her chamber window, heare me call Margaret, Hero;
— Allons donc, trouvez-moi une heure propice pour attirer à l’écart don Pèdre et Claudio. Dites-leur que vous savez qu’Héro m’aime.
heare Margaret terme me Claudio, and bring them to see this the very night before the intended wedding, for in the meane time, I will so fashion the matter, that Hero shall be absent, and there shall appeare such seeming truths of Heroes disloyaltie, that iealousie shall be cal'd assurance, and all the preparation ouerthrowne.
Affectez du zèle pour le prince et pour le comte, comme si vous veniez conduit par l’intérêt que vous prenez à l’honneur de votre frère qui a fait ce mariage, et à la réputation de son ami qui se laisse ainsi tromper par les dehors de cette fille… que vous avez découvert être fausse. Ils ne le croiront guère sans preuve ; offrez-en une qui ne sera pas moins que de me voir à la fenêtre de la chambre d’Héro ; entendez-moi dans la nuit appeler Marguerite, Héro, et Marguerite me nommer Borachio.
Iohn. Grow this to what aduerse issue it can, I will put it in practise: be cunning in the working this, and thy fee is a thousand ducates.
Amenez-les pour voir cela la nuit même qui précédera le mariage projeté ; car dans l’intervalle je conduirai l’affaire de façon à ce qu’Héro soit absente, et sa déloyauté paraîtra si évidente que le soupçon sera nommé certitude, et tous les préparatifs seront abandonnés. DON JUAN. — Quelque revers possible que l’événement amène, je veux suivre ton dessein. Sois adroit dans le maniement de tout ceci, et ton salaire est de mille ducats.
Bor. Be thou constant in the accusation, and my cunning shall not shame me. Iohn. I will presentlie goe learne their day of marriage. Exit. Enter Benedicke alone. Boy.
BORACHIO. — Soyez vous-même ferme dans l’accusation, et mon adresse n’aura pas à rougir. DON JUAN. — Je vais de ce pas m’informer du jour de leur mariage. Le jardin de Léonato. Entrent Bénédick et un page. BÉNÉDICK. — Page !
Boy. Signior. Bene. In my chamber window lies a booke, bring it hither to me in the orchard.
LE PAGE. — Seigneur ? BÉNÉDICK. — Sur la fenêtre de ma chambre est un livre ; apporte-le moi dans le verger.
Boy. I am heere already sir. Exit. Bene.
LE PAGE. — Me voilà déjà ici, seigneur. BÉNÉDICK.
I know that, but I would haue thee hence, and heere againe.
— Je le vois bien, mais je voudrais que tu t’en fusses allé et te voir de retour. (Le page sort.)
I doe much wonder, that one man seeing how much another man is a foole, when he dedicates his behauiours to loue, will after hee hath laught at such shallow follies in others, become the argument of his owne scorne, by falling in loue, & such a man is Claudio.
Je suis étonné qu’un homme qui voit combien un autre homme est sot qui se dévoue à l’amour, après avoir ri de cette folie dans autrui, puisse lui-même ensuite consentir à servir de texte à son propre mépris, en devenant lui-même amoureux ;
I haue known when there was no musicke with him but the drum and the fife, and now had hee rather heare the taber and the pipe: I haue knowne when he would haue walkt ten mile afoot, to see a good armor, and now will he lie ten nights awake caruing the fashion of a new dublet: he was wont to speake plaine, & to the purpose (like an honest man & a souldier) and now is he turn'd orthography, his words are a very fantasticall banquet, iust so many strange dishes: may I be so conuerted, & see with these eyes?
et Claudio est ainsi. J’ai vu le temps où il ne connaissait d’autre musique que le fifre et le tambour ; aujourd’hui il aimerait mieux entendre le tambourin et la flûte.
I cannot tell, I thinke not: I will not bee sworne, but loue may transforme me to an oyster, but Ile take my oath on it, till he haue made an oyster of me, he shall neuer make me such a foole: one woman is faire, yet I am well: another is wise, yet I am well: another vertuous, yet I am well: but till all graces be in one woman, one woman shall not come in my grace: rich shee shall be, that's certaine: wise, or Ile none: vertuous, or Ile neuer cheapen her: faire, or Ile neuer looke on her: milde, or come not neere me: Noble, or not for an Angell: of good discourse: an excellent Musitian, and her haire shal be of what colour it please God, hah!
J’ai vu le temps où il aurait fait dix milles à pied pour voir une bonne armure ; à présent il veillera dix nuits pour méditer sur la façon d’un nouveau pourpoint. Il avait coutume de parler simplement et d’aller au but comme un honnête homme et un soldat ; maintenant le voilà puriste ; ses phrases ressemblent à un festin bizarre, tant il y a de plats étranges. Se pourrait-il qu’en voyant avec mes yeux, je fusse jamais métamorphosé comme lui ? Je ne sais qu’en dire ;
the Prince and Monsieur Loue, I will hide me in the Arbor.
mais je ne crois pas. Je ne jurerais pas qu’un beau matin l’Amour ne pût me transformer en huître ; mais j’en fais le serment, qu’avant qu’il ait fait de moi une huître, il ne fera jamais de moi un sot comme le comte : une femme est belle, et cependant je vais bien ; une autre est aimable, cependant je vais bien ; une autre est vertueuse, cependant je vais bien. Non, jusqu’au jour où toutes les grâces seront réunies dans une seule femme, aucune ne trouvera grâce auprès de moi. Elle sera riche, cela est certain ; sage, ou je ne veux point d’elle ; vertueuse, ou jamais je ne la marchanderai ; belle, ou je ne regarderai jamais son visage ; douce, ou qu’elle ne m’approche pas ; noble, ou je n’en donnerais pas un ducaton ; elle saura bien causer, sera bonne musicienne ; et ses cheveux seront de la couleur qu’il plaira à Dieu. – Ah ! voici le prince et monsieur l’Amour.
Enter Prince, Leonato, Claudio, and Iacke Wilson. Come, shall we heare this musicke? Claud. Yea my good Lord: how still the euening is. As husht on purpose to grace harmonie.
Il faut me cacher dans le bosquet. (Il se retire.) (Entrent don Pèdre, Léonato et Claudio.) DON PÈDRE. — Venez ; irons-nous écouter cette musique ? CLAUDIO. — Très-volontiers, seigneur. – Que la soirée est calme ! Elle semble faire silence pour favoriser l’harmonie.
Prin. See you where Benedicke hath hid himselfe? Clau. O very well my Lord: the musicke ended, Wee'll fit the kid-foxe with a penny worth. Prince. Come Balthasar, wee'll heare that song again.
DON PÈDRE. — Voyez-vous où Bénédick s’est caché ? CLAUDIO. — Oh ! très-bien, seigneur ; la musique finie, nous saurons bien attraper ce renard aux aguets. (Balthazar entre avec des musiciens.) DON PÈDRE. — Venez, Balthazar ; répétez-nous cette chanson.
Balth. O good my Lord, taxe not so bad a voyce, To slander musicke any more then once. Prin. It is the witnesse still of excellency, To slander Musicke any more then once. Prince.
BALTHAZAR. — Oh ! mon bon seigneur, ne forcez pas une aussi vilaine voix à faire plus d’une fois tort à la musique. DON PÈDRE. — Déguiser ses propres perfections, c’est toujours la preuve du grand talent. Chantez, je vous en supplie, et ne me laissez pas vous supplier plus longtemps.
It is the witnesse still of excellencie, To put a strange face on his owne perfection, I pray thee sing, and let me woe no more. Balth. Because you talke of wooing, I will sing, Since many a wooer doth commence his suit, To her he thinkes not worthy, yet he wooes, Yet will he sweare he loues.
BALTHAZAR. — Puisque vous parlez de supplier, je chanterai : maint amant adresse ses vœux à un objet qu’il n’en juge pas digne ; et pourtant il prie, et jure qu’il aime.
Prince. Nay pray thee come, Or if thou wilt hold longer argument, Doe it in notes. Balth. Note this before my notes, Theres not a note of mine that's worth the noting.
DON PÈDRE. — Allons ! commence, je te prie ; ou si tu veux disputer plus longtemps, que ce soit en notes. BALTHAZAR. — Notez bien avant mes notes, qu’il n’y a pas une de mes notes qui vaille la peine d’être notée.
Prince. Why these are very crotchets that he speaks, Note notes forsooth, and nothing. Bene. Now diuine aire, now is his soule rauisht, is it not strange that sheepes guts should hale soules out of mens bodies? well, a horne for my money when all's done.
DON PÈDRE. — Eh ! mais, ce sont des croches que ses paroles, notes, notez, notice ! BÉNÉDICK. — Oh ! l’air divin ! – Déjà son âme est ravie ! N’est-il pas bien étrange que des boyaux de mouton transportent l’âme hors du corps de l’homme ? Fort bien, présentez-moi la corne pour demander mon argent quand tout sera fini.
The Song. Men were deceiuers euer, One foote in Sea, and one on shore, To one thing constant neuer, Then sigh not so, but let them goe, And be you blithe and bonnie,
BALTHAZAR chante. Ne soupirez plus, mesdames, ne soupirez plus, Les hommes furent toujours des trompeurs, Un pied dans la mer, l’autre sur le rivage, Jamais constants à une seule chose. Ne soupirez donc plus ; Laissez-les aller ; Soyez heureuses et belles ;
Conuerting all your sounds of woe, Into hey nony nony. Sing no more ditties, sing no moe, Of dumps so dull and heauy, The fraud of men were euer so,
Convertissez tous vos chants de tristesse Eh eh nonny ! eh nonny ! Ne chantez plus de complaintes, ne chantez plus Ces peines si ennuyeuses et si pesantes ; La perfidie des hommes fut toujours la même
Since summer first was leauy, Then sigh not so, &c. Prince. By my troth a good song. Balth. And an ill singer, my Lord. Prince. Ha, no, no faith, thou singst well enough for a shift.
Depuis que l’été eut des feuilles pour la première fois ; Ne soupirez donc plus, etc., etc. DON PÈDRE. — Sur ma parole, une bonne chanson. BALTHAZAR. — Oui, seigneur, et un mauvais chanteur. DON PÈDRE. — Ah ! non, non ; ma foi vous chantez vraiment assez bien pour un cas de nécessité.
Ben. And he had been a dog that should haue howld thus, they would haue hang'd him, and I pray God his bad voyce bode no mischiefe, I had as liefe haue heard the night-rauen, come what plague could haue come after it.
BÉNÉDICK, à part. — Si un dogue eût osé hurler ainsi, on l’aurait pendu. Je prie Dieu que sa vilaine voix ne présage point de malheur : j’aurais autant aimé entendre la chouette nocturne, quelque fléau qui eût pu suivre son cri.
Prince. Yea marry, dost thou heare Balthasar? I pray thee get vs some excellent musick: for to morrow night we would haue it at the Lady Heroes chamber window.
DON PÈDRE, à Claudio. — Oui, sans doute. (À Balthazar.) Vous entendez, Balthazar ; procurez-nous, je vous en prie, des musiciens d’élite, la nuit prochaine : nous voulons les rassembler sous la fenêtre d’Héro.
Balth. The best I can, my Lord. Exit Balthasar. Prince. Do so, farewell. Come hither Leonato, what was it you told me of to day, that your Niece Beatrice was in loue with signior Benedicke?
BALTHAZAR. — Les meilleurs qu’il me sera possible, seigneur. DON PÈDRE. — N’y manquez pas, adieu ! (Balthazar sort.) Léonato, approchez. Que me disiez-vous donc aujourd’hui que votre nièce Béatrice aimait le seigneur Bénédick ?
Cla. O I, stalke on, stalke on, the foule sits. I did neuer thinke that Lady would haue loued any man.
CLAUDIO. — Oui, sans doute. – (À don Pèdre.) Avancez, avancez[16], l’oiseau est posé. – (Haut.) Je n’aurais jamais cru que cette dame pût aimer quelqu’un.
Leon. No, nor I neither, but most wonderful, that she should so dote on Signior Benedicke, whom shee hath in all outward behauiours seemed euer to abhorre. Bene. Is't possible? sits the winde in that corner?
LÉONATO. — Ni moi ; mais ce qu’il y a de plus surprenant, c’est qu’elle raffole ainsi du seigneur Bénédick, lui que, d’après ses manières extérieures, elle a paru toujours détester. BÉNÉDICK, à part. — Est-il possible ? le vent souffle-t-il de ce côté ?
Leo. By my troth my Lord, I cannot tell what to thinke of it, but that she loues him with an inraged affection, it is past the infinite of thought. Prince. May be she doth but counterfeit. Claud. Faith like enough.
LÉONATO. — Par ma foi, seigneur, je ne sais qu’en penser, si ce n’est qu’elle l’aime à la rage ; cela dépasse l’imagination. DON PÈDRE. — Peut-être que ce n’est qu’une feinte de sa part. CLAUDIO. — Ma foi, c’est assez probable.
Leon. O God! counterfeit? there was neuer counterfeit of passion, came so neere the life of passion as she discouers it. Prince. Why what effects of passion shewes she?
LÉONATO. — Une feinte ? Bon Dieu ! jamais passion feinte ne ressembla d’aussi près à une passion véritable que celle qu’elle témoigne. DON PÈDRE. — Oui ? Et quels symptômes de passion montre-t-elle donc ?
Claud. Baite the hooke well, this fish will bite. Leon. What effects my Lord? shee will sit you, you heard my daughter tell you how. Clau. She did indeed.
CLAUDIO, bas. — Amorcez la ligne, ce poisson mordra. LÉONATO. — Quels symptômes, seigneur ? Elle s’assoira… vous avez entendu ma fille vous dire comment. CLAUDIO. — C’est vrai, elle nous l’a dit.
Prince. How, how I pray you? you amaze me, I would haue thought her spirit had beene inuincible against all assaults of affection. Leo. I would haue sworne it had, my Lord, especially against Benedicke.
DON PÈDRE. — Comment, comment, je vous prie ? Vous m’étonnez : j’aurais jugé sa fierté inaccessible à tous les assauts de la tendresse. LÉONATO. — Je l’aurais juré aussi, seigneur, surtout pour Bénédick.
Bene. I should thinke this a gull, but that the white-bearded fellow speakes it: knauery cannot sure hide himselfe in such reuerence. Claud. He hath tane th' infection, hold it vp. Prince.
BÉNÉDICK, à part. — Je prendrais ceci pour une attrape si ce gaillard à barbe blanche ne le racontait pas. Sûrement la tromperie ne peut se cacher sous un aspect si vénérable. CLAUDIO, bas. — Il a pris la maladie ; redoublez.
Hath shee made her affection known to Benedicke? Leonato. No, and sweares she neuer will, that's her torment. Claud. 'Tis true indeed, so your daughter saies: shall I, saies she, that haue so oft encountred him with scorne, write to him that I loue him?
DON PÈDRE. — A-t-elle laissé voir sa tendresse à Bénédick ? LÉONATO. — Non, et elle proteste qu’elle ne l’avouera jamais ; c’est là son tourment. CLAUDIO. — Rien n’est plus vrai ; c’est ce que dit votre Héro. Quoi ! dit-elle, écrirai-je à un homme, que j’ai souvent accablé de mes dédains, que je l’aime ?
Leo. This saies shee now when shee is beginning to write to him, for shee'll be vp twenty times a night, and there will she sit in her smocke, till she haue writ a sheet of paper: my daughter tells vs all.
LÉONATO. — Voilà ce qu’elle dit, lorsqu’elle se met à lui écrire ; car elle se lève vingt fois dans la nuit et reste assise en chemise, jusqu’à ce qu’elle ait écrit une feuille de papier. – Héro me rend compte de tout.
Clau. Now you talke of a sheet of paper, I remember a pretty iest your daughter told vs of. Leon. O when she had writ it, & was reading it ouer, she found Benedicke and Beatrice betweene the sheete.
CLAUDIO. — En parlant de feuille de papier, vous me rappelez un badinage que votre fille nous a conté. LÉONATO. — Ah ! oui. Quand elle eut écrit, en relisant sa lettre, elle trouva les noms de Béatrice et Bénédick s’embrassant sur les deux feuillets.
Clau. That. Leon. O she tore the letter into a thousand halfpence, raild at her self, that she should be so immodest to write, to one that shee knew would flout her: I measure him, saies she, by my owne spirit, for I should flout him if hee writ to mee, yea though I loue him, I should.
CLAUDIO. — C’est cela. LÉONATO. — Alors, elle mit sa lettre en mille pièces grandes comme un sou, s’emporta contre elle-même d’avoir assez peu de réserve pour écrire à un homme qu’elle savait bien devoir se moquer d’elle. « Je mesure son âme sur la mienne, dit-elle, car je me moquerais de lui s’il venait à m’écrire ; oui, quoique je l’aime, je me moquerais de lui. »
Clau. Then downe vpon her knees she falls, weepes, sobs, beates her heart, teares her hayre, praies, curses, O sweet Benedicke, God giue me patience. Leon.
CLAUDIO. — Puis elle tombe à genoux, pleure, sanglote, se frappe la poitrine, s’arrache les cheveux ; elle prie, elle maudit ; Cher Bénédick !… Ô Dieu ! donne-moi la patience.
She doth indeed, my daughter saies so, and the extasie hath so much ouerborne her, that my daughter is somtime afeard she will doe a desperate out-rage to her selfe, it is very true.
LÉONATO. — Voilà ce qu’elle fait, ma fille le dit ; et les transports de l’amour l’ont réduite à un tel point que ma fille craint parfois qu’elle ne se fasse du mal dans son désespoir. Tout cela est parfaitement vrai.
Prince. It were good that Benedicke knew of it by some other, if she will not discouer it. Clau. To what end? he would but make a sport of it, and torment the poore Lady worse.
DON PÈDRE. — Il serait bien que Bénédick le sût par quelque autre, si elle ne veut pas le déclarer elle-même. CLAUDIO. — À quoi bon ? Ce serait un jeu pour lui, et il tourmenterait d’autant plus cette pauvre femme.
Prin. And he should, it were an almes to hang him, shee's an excellent sweet Lady, and (out of all suspition,) she is vertuous. Claudio. And she is exceeding wise.
DON PÈDRE. — S’il en était capable, ce serait une bonne œuvre que de le pendre ; c’est une excellente et très-aimable personne, et sa vertu est au-dessus de tout soupçon. CLAUDIO. — Et elle est remplie de sagesse.
Prince. In euery thing, but in louing Benedicke. Leon. O my Lord, wisedome and bloud combating in so tender a body, we haue ten proofes to one, that bloud hath the victory, I am sorry for her, as I haue iust cause, being her Vncle, and her Guardian.
DON PÈDRE. — Sur tous les points, sauf son amour pour Bénédick. LÉONATO. — Oh ! seigneur, quand la sagesse et la nature combattent dans un corps si délicat, nous avons dix preuves pour une que la nature remporte la victoire ; j’en suis fâché pour elle, comme j’en ai de bonnes raisons, étant son oncle et son tuteur.
Prince. I would shee had bestowed this dotage on mee, I would haue daft all other respects, and made her halfe my selfe: I pray you tell Benedicke of it, and heare what he will say.
DON PÈDRE. — Que n’a-t-elle tourné son tendre penchant sur moi ! J’aurais écarté toute autre considération, et j’aurais fait d’elle ma moitié. Je vous en prie, informez-en Bénédick, et sachons ce qu’il dira.
Leon. Were it good thinke you? Clau. Hero thinkes surely she wil die, for she saies she will die, if hee loue her not, and shee will die ere shee make her loue knowne, and she will die if hee wooe her, rather than shee will bate one breath of her accustomed crossenesse.
LÉONATO. — Cela serait-il à propos ? Qu’en pensez-vous ? CLAUDIO. — Héro croit que sûrement sa cousine en mourra ; car elle dit qu’elle mourra s’il ne l’aime point, et qu’elle mourra plutôt que de lui laisser voir son amour ; et qu’elle mourra s’il lui fait la cour plutôt que de rabattre un point de sa malice accoutumée.
Prince. She doth well, if she should make tender of her loue, 'tis very possible hee'l scorne it, for the man (as you know all) hath a contemptible spirit. Clau. He is a very proper man.
DON PÈDRE. — Elle a raison ; s’il la voyait jamais lui offrir son amour, je ne répondrais pas qu’elle n’en fût dédaignée ; car, comme vous le savez tous, il est disposé au dédain. CLAUDIO. — Il est bien fait de sa personne.
Prin. He hath indeed a good outward happines. Clau. 'Fore God, and in my minde very wise. Prin. He doth indeed shew some sparkes that are like wit.
DON PÈDRE. — Et doué d’une physionomie heureuse, on ne peut le nier. CLAUDIO. — Devant Dieu et dans ma conscience, je le trouve très-raisonnable. DON PÈDRE. — À vrai dire, il laisse échapper quelques étincelles qui ressemblent bien à de l’esprit.
Leon. And I take him to be valiant. Prin. As Hector, I assure you, and in the managing of quarrels you may see hee is wise, for either hee auoydes them with great discretion, or vndertakes them with a Christian-like feare.
LÉONATO. — Et je le tiens pour vaillant. DON PÈDRE. — Comme Hector, je vous assure. Et dans la conduite d’une querelle on peut dire qu’il est sage ; car il l’évite avec une grande prudence, ou s’il la soutient, c’est avec une frayeur vraiment chrétienne.
Leon. If hee doe feare God, a must necessarilie keepe peace, if hee breake the peace, hee ought to enter into a quarrell with feare and trembling.
LÉONATO. — S’il craint Dieu, il doit nécessairement tenir à la paix ; et s’il est forcé d’y renoncer, il doit entrer dans une querelle avec crainte et tremblement.
Prin. And so will he doe, for the man doth fear God, howsoeuer it seemes not in him, by some large ieasts hee will make: well, I am sorry for your niece, shall we goe see Benedicke, and tell him of her loue.
DON PÈDRE. — Ainsi en use-t-il. Car il a la crainte de Dieu, quoiqu’il n’y paraisse pas grâce aux plaisanteries un peu fortes qu’il sait faire. Eh bien ! j’en suis fâché pour votre nièce. – Irons-nous chercher Bénédick et lui parler de son amour ?
Claud. Neuer tell him, my Lord, let her weare it out with good counsell. Leon. Nay that's impossible, she may weare her heart out first.
CLAUDIO. — Ne lui en parlez pas, seigneur. Que les bons conseils détruisent son amour. LÉONATO. — Non, cela est impossible, elle aurait plutôt le cœur brisé.
Prin. Well, we will heare further of it by your daughter, let it coole the while, I loue Benedicke well, and I could wish he would modestly examine himselfe, to see how much he is vnworthy to haue so good a Lady.
DON PÈDRE. — Eh bien ! votre fille nous en apprendra davantage ; que cela se refroidisse en attendant. J’aime Bénédick ; je souhaiterais que, portant sur lui-même un œil modeste, il vît combien il est indigne d’une si excellente personne.
Leon. My Lord, will you walke? dinner is ready. Clau. If he do not doat on her vpon this, I wil neuer trust my expectation.
LÉONATO. — Vous plaît-il de rentrer, seigneur ? Le souper est prêt. CLAUDIO, à part. — Si, après cela, il ne se passionne pas pour elle, je ne me fierai jamais à mes espérances.
Prin. Let there be the same Net spread for her, and that must your daughter and her gentlewoman carry: the sport will be, when they hold one an opinion of anothers dotage, and no such matter, that's the Scene that I would see, which will be meerely a dumbe shew: let vs send her to call him into dinner.
DON PÈDRE, à voix basse. — Qu’on tende le même filet à Béatrice. Votre fille doit s’en charger avec la suivante. L’amusant sera lorsqu’ils croiront chacun à la passion de l’autre, et que cependant il n’en sera rien ; voilà la scène que je voudrais voir et qui se passera en pantomime. Envoyons Béatrice l’appeler pour le dîner.
Exeunt. Bene. This can be no tricke, the conference was sadly borne, they haue the truth of this from Hero, they seeme to pittie the Lady: it seemes her affections haue the full bent: loue me?
(Don Pèdre s’en va avec Claudio et Léonato.) (Bénédick sort du bois et s’avance.) BÉNÉDICK. — Ce ne peut être un tour ; leur conférence avait un ton sérieux. – La vérité du fait, ils la tiennent d’Héro.
why it must be requited: I heare how I am censur'd, they say I will beare my selfe proudly, if I perceiue the loue come from her: they say too, that she will rather die than giue any signe of affection: I did neuer thinke to marry, I must not seeme proud, happy are they that heare their detractions, and can put them to mending: they say the Lady is faire, 'tis a truth, I can beare them witnesse: and vertuous, tis so, I cannot reprooue it, and wise, but for louing me, by my troth it is no addition to her witte, nor no great argument of her folly;
– Ils ont l’air de plaindre la demoiselle. – Il paraît que sa passion est au comble. – M’aimer ! – Il faudra bien y répondre. – J’ai entendu à quel point on me blâme.
for I wil be horribly in loue with her, I may chance haue some odde quirkes and remnants of witte broken on mee, because I haue rail'd so long against marriage: but doth not the appetite alter?
On dit que je me comporterai fièrement si j’entrevois que l’amour vienne d’elle. – Ils disent aussi qu’elle mourra plutôt que de donner un signe de tendresse. – Je n’ai jamais pensé à me marier. – Je ne dois point montrer d’orgueil. – Heureux ceux qui entendent les reproches qu’on leur fait et en profitent pour se corriger ! – Ils disent que la dame est belle : c’est une vérité. De cela j’en puis répondre. – Et vertueuse, rien de plus sûr ; je ne saurais le contester. – Et sensée, – excepté dans son affection pour moi. – De bonne foi, cela ne fait pas l’éloge de son jugement, et pourtant ce n’est pas une preuve de folie ; car je serai horriblement amoureux d’elle. – Il se pourra qu’on me lance sur le corps quelques sarcasmes, quelques mauvais quolibets, parce qu’on m’a toujours entendu déblatérer contre le mariage.
a man loues the meat in his youth, that he cannot indure in his age. Shall quips and sentences, and these paper bullets of the braine awe a man from the careere of his humour?
Mais les goûts ne changent-ils jamais ? Tel aime dans sa jeunesse un mets qu’il ne peut souffrir dans sa vieillesse. Des sentences, des sornettes, et ces boulettes de papier que l’esprit décoche, empêcheront-elles de suivre le chemin qui tente ?
No, the world must be peopled. When I said I would die a batcheler, I did not think I should liue till I were maried, here comes Beatrice: by this day, shee's a faire Lady, I doe spie some markes of loue in her. Enter Beatrice.
– Non, non, il faut que le monde soit peuplé. Quand je disais que je mourrais garçon, je ne pensais pas devoir vivre jusqu’à ce que je fusse marié. – Voilà Béatrice qui vient ici. – Par ce beau jour, c’est une charmante personne ! – Je découvre en elle quelques symptômes d’amour.
Beat. Against my wil I am sent to bid you come in to dinner. Bene. Faire Beatrice, I thanke you for your paines.
(Béatrice parait.) BÉATRICE. — Contre mon gré, l’on me députe pour vous prier de venir dîner. BÉNÉDICK. — Belle Béatrice, je vous remercie de la peine que vous avez prise.
Beat. I tooke no more paines for those thankes, then you take paines to thanke me, if it had been painefull, I would not haue come. Bene. You take pleasure then in the message.
BÉATRICE. — Je n’ai pas pris plus de peine pour gagner ce remerciement, que vous n’en venez de prendre pour me remercier. – S’il y avait eu quelque peine pour moi, je ne serais point venue. BÉNÉDICK. — Vous preniez donc quelque plaisir à ce message ?
Beat. Yea iust so much as you may take vpon a kniues point, and choake a daw withall: you haue no stomacke signior, fare you well. Exit.
BÉATRICE. — Oui, le plaisir que vous prendriez à égorger un oiseau avec la pointe d’un couteau, – Vous n’avez point d’appétit, seigneur ? Portez-vous bien. (Elle s’en va.)
Bene. Ha, against my will I am sent to bid you come into dinner: there's a double meaning in that: I tooke no more paines for those thankes then you took paines to thanke me, that's as much as to say, any paines that I take for you is as easie as thankes: if I do not take pitty of her I am a villaine, if I doe not loue her I am a Iew, I will goe get her picture. Exit.
BÉNÉDICK. — Ah ! « Contre mon gré, l’on me députe pour vous prier de venir dîner. » Ces mots sont à double entente, « Je n’ai pas pris plus de peine pour gagner ce remerciement, que vous n’en venez de prendre pour me remercier. » C’est comme si elle disait : « Toutes les peines que je prends pour vous sont aussi faciles que des remerciements. » – Si je n’ai pitié d’elle, je suis un misérable ; si je ne l’aime pas, je suis un juif. – Je vais aller me procurer son portrait. (Il sort.)
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