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Much Ado About Nothing (William Shakespeare) | Beaucoup de bruit pour rien (Q692)

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Much Ado About Nothing

Beaucoup de bruit pour rien

Enter Leonato Gouernour of Messina, Innogen his wife, Hero his daughter, and Beatrice his Neece, with a messenger. Leonato. learne in this Letter, that Don Peter of Arragon, comes this night to Messina.
Entrent Léonato, Héro, Béatrice et autres, avec un messager. LÉONATO. — J’apprends par cette lettre que don Pèdro d’Aragon arrive ce soir à Messine.
Mess. He is very neere by this: he was not three Leagues off when I left him. Leon. How many Gentlemen haue you lost in this action? Mess. But few of any sort, and none of name.
LE MESSAGER. — À l’heure qu’il est, il doit en être fort près. Nous n’étions pas à trois lieues lorsque je l’ai quitté. LÉONATO. — Combien avez-vous perdu de soldats dans cette affaire ? LE MESSAGER. — Très-peu d’aucun genre et aucun de connu.
Leon. A victorie is twice it selfe, when the atchieuer brings home full numbers: I finde heere, that Don Peter hath bestowed much honor on a yong Florentine, called Claudio.
LÉONATO. — C’est une double victoire, quand le vainqueur ramène au camp ses bataillons entiers. Je lis ici que don Pèdre a comblé d’honneurs un jeune Florentin nommé Claudio.
Mess. Much deseru'd on his part, and equally remembred by Don Pedro, he hath borne himselfe beyond the promise of his age, doing in the figure of a Lambe, the feats of a Lion, he hath indeede better bettred expectation, then you must expect of me to tell you how.
LE MESSAGER. — Bien mérités de sa part et bien reconnus par don Pèdre. – Claudio a surpassé les promesses de son âge ; avec les traits d’un agneau, il a fait les exploits d’un lion. Il a vraiment trop dépassé toutes les espérances pour que je puisse espérer de vous les raconter.
Leo. He hath an Vnckle heere in Messina, wil be very much glad of it. Mess. I haue alreadie deliuered him letters, and there appeares much ioy in him, euen so much, that ioy could not shew it selfe modest enough, without a badg of bitternesse.
LÉONATO. — Il a ici dans Messine un oncle qui en sera bien content. LE MESSAGER. — Je lui ai déjà remis des lettres, et il a paru éprouver beaucoup de joie, et même à un tel excès, que cette joie n’aurait pas témoigné assez de modestie sans quelque signe d’amertume.
Leo. Did he breake out into teares? Mess. In great measure. Leo. A kinde ouerflow of kindnesse, there are no faces truer, then those that are so wash'd, how much better is it to weepe at ioy, then to ioy at weeping? Bea.
LÉONATO. — Il a fondu en larmes ? LE MESSAGER. — Complètement. LÉONATO. — Doux épanchements de tendresse ! Il n’est pas de visages plus francs que ceux qui sont ainsi baignés de larmes. Ah ! qu’il vaut bien mieux pleurer de joie que de rire de ceux qui pleurent !
I pray you, is Signior Mountanto return'd from the warres, or no? Mess. I know none of that name, Lady, there was none such in the armie of any sort.
BÉATRICE. — Je vous supplierai de m’apprendre si le signor Montanto[1] revient de la guerre ici ou non. LE MESSAGER. — Je ne connais point ce nom, madame. Nous n’avions à l’armée aucun officier d’un certain rang portant ce nom.
Leon. What is he that you aske for Neece? Hero. My cousin meanes Signior Benedick of Padua Mess. O he's return'd, and as pleasant as euer he was.
LÉONATO. — De qui vous informez-vous, ma nièce ? HÉRO. — Ma cousine veut parler du seigneur Bénédick de Padoue. LE MESSAGER. — Oh ! il est revenu ; et tout aussi plaisant que jamais.
Beat. He set vp his bils here in Messina, & challeng'd Cupid at the Flight: and my Vnckles foole reading the Challenge, subscrib'd for Cupid, and challeng'd him at the Burbolt. I pray you, how many hath hee kil'd and eaten in these warres? But how many hath he kil'd? for indeed, I promis'd to eate all of his killing.
BÉATRICE. — Il mit un jour des affiches[2] dans Messine, et défia Cupidon dans l’art de tirer de longues flèches ; le fou de mon oncle qui lut ce défi répondit pour Cupidon, et le défia à la flèche ronde. – De grâce, combien a-t-il exterminé, dévoré d’ennemis dans cette guerre ? Dites-moi simplement combien il en a tué, car j’ai promis de manger tous les morts de sa façon.
Leon. 'Faith Neece, you taxe Signior Benedicke too much, but hee'l be meete with you, I doubt it not. Mess. He hath done good seruice Lady in these wars.
LÉONATO. — En vérité, ma nièce, vous provoquez trop le seigneur Bénédick ; mais il est bon pour se défendre, n’en doutez pas. LE MESSAGER. — Il a bien servi, madame, dans cette campagne.
Beat. You had musty victuall, and he hath holpe to ease it: he's a very valiant Trencher-man, hee hath an excellent stomacke. Mess. And a good souldier too Lady.
BÉATRICE. — Vous aviez des vivres gâtés, et il vous a aidé à les consommer. C’est un très-vaillant mangeur ; il a un excellent estomac. LE MESSAGER. — Il est aussi bon soldat, madame.
Beat. And a good souldier to a Lady. But what is he to a Lord? Mess. A Lord to a Lord, a man to a man, stuft with all honourable vertues.
BÉATRICE. — Bon soldat près d’une dame ; mais en face d’un homme, qu’est-il ? LE MESSAGER. — C’est un brave devant un brave, un homme en face d’un homme. Il y a en lui l’étoffe de toutes les vertus honorables.
Beat. It is so indeed, he is no lesse then a stuft man: but for the stuffing well, we are all mortall.
BÉATRICE. — C’est cela en effet ; Bénédick n’est rien moins qu’un homme étoffé[3], mais quant à l’étoffe ; – eh bien ! nous sommes tous mortels.
Leon. You must not (sir) mistake my Neece, there is a kind of merry war betwixt Signior Benedick, & her: they neuer meet, but there's a skirmish of wit between them.
LÉONATO. — Il ne faut pas, monsieur, mal juger de ma nièce. Il règne une espèce de guerre enjouée entre elle et le seigneur Bénédick. Jamais ils ne se rencontrent sans qu’il y ait entre eux quelque escarmouche d’esprit.
Bea. Alas, he gets nothing by that. In our last conflict, foure of his fiue wits went halting off, and now is the whole man gouern'd with one: so that if hee haue wit enough to keepe himselfe warme, let him beare it for a difference betweene himselfe and his horse: For it is all the wealth that he hath left, to be knowne a reasonable creature.
BÉATRICE. — Hélas ! il ne gagne rien à cela. Dans notre dernier combat, quatre de ses cinq sens s’en allèrent tout éclopés, et maintenant tout l’homme est gouverné par un seul.
Who is his companion now? He hath euery month a new sworne brother.
Pourvu qu’il lui reste assez d’instinct pour se tenir chaudement, laissons-le-lui comme l’unique différence qui le distingue de son cheval : car c’est le seul bien qui lui reste pour avoir quelque droit au nom de créature raisonnable. – Et quel est son compagnon maintenant ? car chaque mois il se donne un nouveau frère d’armes.
Mess. Is't possible? Beat. Very easily possible: he weares his faith but as the fashion of his hat, it euer changes with the next block. Mess. I see (Lady) the Gentleman is not in your bookes.
LE MESSAGER. — Est-il possible ? BÉATRICE. — Très-possible. Il garde ses amitiés comme la forme de son chapeau, qui change à chaque nouveau moule. LE MESSAGER. — Madame, je le vois bien, ce gentilhomme n’est pas sur vos tablettes.
Bea. No, and he were, I would burne my study. But I pray you, who is his companion? Is there no young squarer now, that will make a voyage with him to the diuell?
BÉATRICE. — Oh ! non ; si j’y trouvais jamais son nom, je brûlerais toute la bibliothèque. – Mais dites-moi donc, je vous prie, quel est son frère d’armes ? N’avez-vous pas quelque jeune écervelé qui veuille faire avec lui un voyage chez le diable ?
Mess. He is most in the company of the right noble Claudio. Beat. O Lord, he will hang vpon him like a disease: he is sooner caught then the pestilence, and the taker runs presently mad. God helpe the noble Claudio, if hee haue caught the Benedict, it will cost him a thousand pound ere he be cur'd.
LE MESSAGER. — Il vit surtout dans la compagnie du noble Claudio. BÉATRICE. — Bonté du ciel ! il s’attachera à lui comme une maladie. On le gagne plus promptement que la peste ; et quiconque en est pris extravague à l’instant. Que Dieu protège le noble Claudio ! Si par malheur il est pris du Bénédick, il lui en coûtera mille livres pour s’en guérir.
Mess. I will hold friends with you Lady. Bea. Do good friend. Leo. You'l ne're run mad Neece. Bea. No, not till a hot Ianuary. Mess. Don Pedro is approach'd.
LE MESSAGER. — Je veux, madame, être de vos amis. BÉATRICE. — Je vous y engage, mon bon ami ! LÉONATO. — Vous ne deviendrez jamais folle, ma nièce. BÉATRICE. — Non, jusqu’à ce que le mois de janvier soit chaud. LE MESSAGER. — Voici don Pèdre qui s’approche.
Enter don Pedro, Claudio, Benedicke, Balthasar, and Iohn the bastard. Pedro. Good Signior Leonato, you are come to meet your trouble: the fashion of the world is to auoid cost, and you encounter it.
(Entrent don Pèdre, accompagné de Balthazar et autres domestiques, Claudio, Bénédick, don Juan.) DON PÈDRE. — Don seigneur Léonato, vous venez vous-même chercher les embarras. Le monde est dans l’usage d’éviter la dépense ; mais vous courez au-devant.
Leon. Neuer came trouble to my house in the likenes of your Grace: for trouble being gone, comfort should remaine: but when you depart from me, sorrow abides, and happinesse takes his leaue.
LÉONATO. — Jamais les embarras n’entrèrent chez moi sous la forme de Votre Altesse ; car, l’embarras parti, le contentement resterait. Mais quand vous me quittez, le chagrin reste et le bonheur s’en va.
Pedro. You embrace your charge too willingly: I thinke this is your daughter. Leonato. Her mother hath many times told me so. Bened. Were you in doubt that you askt her?
DON PÈDRE. — Vous acceptez votre fardeau de trop bonne grâce. Je crois que c’est là votre fille. LÉONATO. — Sa mère me l’a dit bien des fois. BÉNÉDICK. — En doutiez-vous, seigneur, pour lui faire si souvent cette demande ?
Leonato. Signior Benedicke, no, for then were you a childe. Pedro. You haue it full Benedicke, we may ghesse by this, what you are, being a man, truely the Lady fathers her selfe: be happie Lady, for you are like an honorable father.
LÉONATO. — Nullement, seigneur Bénédick ; car alors vous étiez un enfant. DON PÈDRE. — Ah ! la botte a porté, Bénédick. Nous pouvons juger par là de ce que vous valez, à présent que vous êtes un homme. – En vérité, ses traits nomment son père. Soyez heureuse, madame, vous ressemblez à un digne père.
Ben. If Signior Leonato be her father, she would not haue his head on her shoulders for al Messina, as like him as she is.
(Don Pèdre s’éloigne avec Léonato.) BÉNÉDICK. — Si le seigneur Léonato est son père, elle ne voudrait pas pour tout Messine avoir sa tête sur les épaules tout en lui ressemblant comme elle fait.
Beat. I wonder that you will still be talking, signior Benedicke, no body markes you. Ben. What my deere Ladie Disdaine! are you yet liuing?
BÉATRICE. — Je m’étonne que le seigneur Bénédick ne se rebute point de parler. Personne ne prend garde à lui. BÉNÉDICK. — Ah ! ma chère madame Dédaigneuse ! vous vivez encore ?
Beat. Is it possible Disdaine should die, while shee hath such meete foode to feede it, as Signior Benedicke? Curtesie it selfe must conuert to Disdaine, if you come in her presence.
BÉATRICE. — Et comment la Dédaigneuse mourrait-elle, lorsqu’elle trouve à ses dédains un aliment aussi inépuisable que le seigneur Bénédick ? La courtoisie même ne peut tenir en votre présence ; il faut qu’elle se change en dédain.
Bene. Then is curtesie a turne-coate, but it is certaine I am loued of all Ladies, onely you excepted: and I would I could finde in my heart that I had not a hard heart, for truely I loue none.
BÉNÉDICK. — La courtoisie est donc un renégat ? – Mais tenez pour certain que, vous seule exceptée, je suis aimé de toutes les dames, et je voudrais que mon cœur se laissât persuader d’être un peu moins dur ; car franchement je n’en aime aucune.
Beat. A deere happinesse to women, they would else haue beene troubled with a pernitious Suter, I thanke God and my cold blood, I am of your humour for that, I had rather heare my Dog barke at a Crow, than a man sweare he loues me.
BÉATRICE. — Grand bonheur pour les femmes ! Sans cela, elles seraient importunées par un pernicieux soupirant. Je remercie Dieu et la froideur de mon sang ; je suis là-dessus de votre humeur. J’aime mieux entendre mon chien japper aux corneilles, qu’un homme me jurer qu’il m’adore.
Bene. God keepe your Ladiship still in that minde, so some Gentleman or other shall scape a predestinate scratcht face. Beat. Scratching could not make it worse, and 'twere such a face as yours were.
BÉNÉDICK. — Que Dieu vous maintienne toujours dans ces sentiments ! Ce seront quelques honnêtes gens de plus dont le visage échappera aux égratignures qui les attendent. BÉATRICE. — Si c’étaient des visages comme le vôtre, une égratignure ne pourrait les rendre pires.
Bene. Well, you are a rare Parrat teacher. Beat. A bird of my tongue, is better than a beast of your. Ben. I would my horse had the speed of your tongue, and so good a continuer, but keepe your way a Gods name, I haue done.
BÉNÉDICK. — Eh bien ! vous êtes une excellente institutrice de perroquets. BÉATRICE. — Un oiseau de mon babil vaut mieux qu’un animal du vôtre. BÉNÉDICK. — Je voudrais bien que mon cheval eût la vitesse de votre langue et votre longue haleine. – Allons, au nom de Dieu, allez votre train ; moi j’ai fini.
Beat. You alwaies end with a Iades tricke, I know you of old.
BÉATRICE. — Vous finissez toujours par quelque algarade de rosse ; je vous connais de loin.
Pedro. This is the summe of all: Leonato, signior Claudio, and signior Benedicke; my deere friend Leonato, hath inuited you all, I tell him we shall stay here, at the least a moneth, and he heartily praies some occasion may detaine vs longer: I dare sweare hee is no hypocrite, but praies from his heart.
DON PÈDRE. — Voici le résumé de notre entretien. – Seigneur Claudio et seigneur Bénédick, mon digne ami Léonato vous a tous invités. Je lui dis que nous resterons ici au moins un mois ; il prie le sort d’amener quelque événement qui puisse nous y retenir davantage. Je jurerais qu’il n’est point hypocrite et qu’il le désire du fond de son cœur.
Leon. If you sweare, my Lord, you shall not be forsworne, let mee bid you welcome, my Lord, being reconciled to the Prince your brother: I owe you all duetie.
LÉONATO. — Si vous le jurez, monseigneur, vous ne serez point parjure. (À don Juan.) – Souffrez que je vous félicite, seigneur : puisque vous êtes réconcilié au prince votre frère, je vous dois tous mes hommages.
Iohn. I thanke you, I am not of many words, but I thanke you. Leon. Please it your grace leade on? Pedro. Your hand Leonato, we will goe together.
DON JUAN. — Je vous remercie : je ne suis point un homme à longs discours ; je vous remercie. LÉONATO. — Plaît-il à Votre Altesse d’ouvrir la marche ? DON PÈDRE. — Léonato, donnez-moi la main ; nous irons ensemble.
*Exeunt. Manet Benedicke and Claudio.* Benedicke, didst thou note the daughter of signior Leonato? Bene. I noted her not, but I lookt on her. Claud. Is she not a modest yong Ladie?
(Tous entrent dans la maison, excepté Bénédick et Claudio.) CLAUDIO. — Bénédick, avez-vous remarqué la fille du seigneur Léonato ? BÉNÉDICK. — Je ne l’ai pas remarquée, mais je l’ai regardée. CLAUDIO. — N’est-ce pas une jeune personne modeste ?
Bene. Doe you question me as an honest man should doe, for my simple true iudgement? or would you haue me speake after my custome, as being a professed tyrant to their sexe?
BÉNÉDICK. — Me questionnez-vous sur son compte, en honnête homme, pour savoir tout simplement ce que je pense, ou bien voudriez-vous m’entendre parler, suivant ma coutume, comme le tyran déclaré de son sexe ?
Clau. No, I pray thee speake in sober iudgement. Bene. Why yfaith me thinks shee's too low for a hie praise, too browne for a faire praise, and too little for a great praise, onely this commendation I can affoord her, that were shee other then she is, she were vnhandsome, and being no other, but as she is, I doe not like her.
CLAUDIO. — Non : je vous prie, parlez sérieusement. BÉNÉDICK. — Eh bien ! en conscience, elle me paraît trop petite pour un grand éloge, trop brune pour un bel éloge[4]. Toute la louange que je peux lui accorder, c’est de dire que si elle était tout autre qu’elle est, elle ne serait pas belle ; étant ce qu’elle est, elle ne me plait pas.
Clau. Thou think'st I am in sport, I pray thee tell me truely how thou lik'st her. Bene. Would you buie her, that you enquier after her? Clau. Can the world buie such a iewell?
CLAUDIO. — Vous croyez que je veux rire. Je vous en prie, dites-moi sincèrement comment vous la trouvez. BÉNÉDICK. — Voulez-vous en faire emplette, que vous preniez des informations sur elle ? CLAUDIO. — Le monde entier suffirait-il à payer un pareil bijou ?
Ben. Yea, and a case to put it into, but speake you this with a sad brow? Or doe you play the flowting iacke, to tell vs Cupid is a good Hare-finder, and Vulcan a rare Carpenter: Come, in what key shall a man take you to goe in the song?
BÉNÉDICK. — Oh ! sûrement, et même encore un étui pour le mettre. – Mais parlez-vous sérieusement, ou prétendez-vous faire le mauvais plaisant pour nous dire que l’amour sait très-bien trouver des lièvres, et que Vulcain est un habile charpentier ? Allons, dites-nous sur quelle gamme il faut chanter pour être d’accord avec vous ?
Clau. In mine eie, she is the sweetest Ladie that euer I lookt on.
CLAUDIO. — Elle est à mes yeux la plus aimable personne que j’aie jamais vue.
Bene. I can see yet without spectacles, and I see no such matter: there's her cosin, and she were not possest with a furie, exceedes her as much in beautie, as the first of Maie doth the last of December: but I hope you haue no intent to turne husband, haue you?
BÉNÉDICK. — Je vois encore très-bien sans lunettes, et je ne vois rien de cela : il y a sa cousine qui, si elle n’était pas possédée d’une furie, la surpasserait en beauté autant que le premier jour de mai l’emporte sur le dernier jour de décembre ; mais j’espère que vous n’avez pas dans l’idée de vous faire mari ? Serait-ce votre intention ?
Clau. I would scarce trust my selfe, though I had sworne the contrarie, if Hero would be my wife.
CLAUDIO. — Quand j’aurais juré le contraire, je me méfierais de moi-même, si Héro voulait être ma femme.
Bene. Ist come to this? in faith hath not the world one man but he will weare his cap with suspition? shall I neuer see a batcheller of three score againe? goe to yfaith, and thou wilt needes thrust thy necke into a yoke, weare the print of it, and sigh away sundaies: looke, don Pedro is returned to seeke you.
BÉNÉDICK. — En êtes-vous là ? d’honneur ? Quoi ! n’est-il donc pas un homme au monde qui veuille porter son bonnet sans inquiétude ? Ne reverrai-je de ma vie un garçon de soixante ans ? Allez, puisque vous voulez absolument vous mettre sous le joug, portez-en la triste empreinte, et passez les dimanches à soupirer. – Mais voilà don Pèdre qui revient vous chercher lui-même.
Enter don Pedro, Iohn the bastard. What secret hath held you here, that you followed not to Leonatoes? Bened. I would your Grace would constraine mee to tell. Pedro. I charge thee on thy allegeance.
(Don Pèdre rentre.) DON PÈDRE. — Quel mystère vous arrêtait donc ici, que vous ne nous ayez pas suivis chez Léonato ? BÉNÉDICK. — Je voudrais que Votre Altesse m’obligeât à le lui dire. DON PÈDRE. — Je vous l’ordonne, sur votre fidélité.
Ben. You heare, Count Claudio, I can be secret as a dumbe man, I would haue you thinke so (but on my allegiance, marke you this, on my allegiance) hee is in loue, With who? now that is your Graces part: marke how short his answere is, with Hero, Leonatoes short daughter.
BÉNÉDICK. — Vous entendez, comte Claudio. Je puis être aussi discret qu’un muet de naissance, et c’est là l’idée que je voudrais vous donner de moi. – Mais sur ma fidélité : remarquez-vous ces mots : Sur ma fidélité. – Il est amoureux. De qui ? Ce serait maintenant à Votre Altesse à me faire la question. Observez comme la réponse est courte. – D’Héro, la courte fille de Léonato.
Clau. If this were so, so were it vttred. Bened. Like the old tale, my Lord, it is not so, nor 'twas not so: but indeede, God forbid it should be so.
CLAUDIO. — Si la chose était, il vous l’aurait bientôt dit. BÉNÉDICK. — C’est comme le vieux conte, monseigneur : « Cela n’est pas, cela n’était pas. » Mais en vérité, à Dieu ne plaise que cela arrive !
Clau. If my passion change not shortly, God forbid it should be otherwise. Pedro. Amen, if you loue her, for the Ladie is verie well worthie. Clau. You speake this to fetch me in, my Lord.
CLAUDIO. — Si ma passion ne change pas bientôt, à Dieu ne plaise qu’il en soit autrement ! DON PÈDRE. — Ainsi soit-il ! si vous l’aimez ; car la jeune personne en est bien digne. CLAUDIO. — Vous parlez ainsi pour me sonder, seigneur.
Pedr. By my troth I speake my thought. Clau. And in faith, my Lord, I spoke mine. Bened. And by my two faiths and troths, my Lord, I speake mine. Clau. That I loue her, I feele.
DON PÈDRE. — Sur mon honneur, j’exprime ma pensée. CLAUDIO. — Et sur ma parole, j’ai exprimé la mienne. BÉNÉDICK. — Et moi, sur mon honneur et sur ma parole, j’ai dit ce que je pensais. CLAUDIO. — Je sens que je l’aime.
Pedr. That she is worthie, I know. Bened. That I neither feele how shee should be loued, nor know how shee should be worthie, is the opinion that fire cannot melt out of me, I will die in it at the stake.
DON PÈDRE. — Je sais qu’elle en est digne. BÉNÉDICK. — Je ne sens pas qu’on doive l’aimer, je ne sais pas qu’elle en soit digne, c’est là l’opinion que le feu ne pourrait détruire en moi. Je mourrai dans mon dire sur l’échafaud.
Pedr. Thou wast euer an obstinate heretique in the despight of Beautie. Clau. And neuer could maintaine his part, but in the force of his will.
DON PÈDRE. — Tu fus toujours un hérétique obstiné à l’endroit de la beauté. CLAUDIO. — Et jamais il n’a pu soutenir son rôle que par la force de sa volonté.
Bene. That a woman conceiued me, I thanke her: that she brought mee vp, I likewise giue her most humble thankes: but that I will haue a rechate winded in my forehead, or hang my bugle in an inuisible baldricke, all women shall pardon me: because I will not do them the wrong to mistrust any, I will doe my selfe the right to trust none: and the fine is, (for the which I may goe the finer) I will liue a Batchellor.
BÉNÉDICK. — Qu’une femme m’ait conçu, je l’en remercie ; je lui adresse aussi mes humbles remerciements pour m’avoir élevé ; mais je refuse de porter sur mon front une corne pour appeler les chasseurs, ou suspendre mon cor de chasse à un baudrier invisible ;
Pedro. I shall see thee ere I die, looke pale with loue.
c’est ce que toutes les femmes me pardonneront. Comme je ne veux pas leur faire l’affront de me défier d’une seule, je me rends la justice de ne me fier à aucune ; et ma peine (dont je ne serai que plus présentable) sera de vivre garçon. DON PÈDRE. — Avant que je meure, je veux te voir pâle d’amour.
Bene. With anger, with sicknesse, or with hunger, my Lord, not with loue: proue that euer I loose more blood with loue, then I will get againe with drinking, picke out mine eyes with a Ballet-makers penne, and hang me vp at the doore of a brothel-house for the signe of blinde Cupid.
BÉNÉDICK. — De maladie, de faim ou de colère, seigneur ; mais jamais d’amour. Prouvez une fois que l’amour me coûte plus de sang que le vin ne m’en saurait rendre, et alors je vous permets de me crever les yeux avec la plume d’un faiseur de ballades, et de me suspendre à la porte d’un mauvais lieu comme l’enseigne de l’aveugle Cupidon.
Pedro. Well, if euer thou doost fall from this faith, thou wilt proue a notable argument. Bene. If I do, hang me in a bottle like a Cat, & shoot at me, and he that hit's me, let him be clapt on the shoulder, and cal'd Adam.
DON PÈDRE. — Bien ! si jamais tu trahis ce vœu, tu nous fourniras un fameux argument. BÉNÉDICK. — Si je le trahis, pendez-moi comme un chat dans une bouteille[5], et tirez-moi dessus ; et qu’on frappe sur l’épaule à celui qui me touchera en l’appelant Adam[6].
Pedro. Well, as time shall trie: In time the sauage Bull doth beare the yoake.
DON PÈDRE. — Allons, le temps en décidera : Avec le temps, le buffle sauvage en vient à porter le joug.
Bene. The sauage bull may, but if euer the sensible Benedicke beare it, plucke off the bulles hornes, and set them in my forehead, and let me be vildely painted, and in such great Letters as they write, heere is good horse to hire: let them signifie vnder my signe, here you may see Benedicke the married man.
BÉNÉDICK. — Le buffle sauvage, oui ; mais si le sensé Bénédick porte jamais un joug, arrachez les cornes du buffle, et plantez-les sur mon front ; qu’on fasse de moi un tableau grossier, et, en lettres aussi grosses que celles où l’on écrit : Ici, bon cheval à louer, faites tracer sur ma figure : Ici, on peut voir Bénédick, l’homme marié.
Clau. If this should euer happen, thou wouldst bee horne mad. Pedro. Nay, if Cupid haue not spent all his Quiuer in Venice, thou wilt quake for this shortly. Bene. I looke for an earthquake too then.
CLAUDIO. — Si jamais cela t’arrive, tu seras fou à lier. DON PÈDRE. — Bon ! si Cupidon n’a pas épuisé son carquois dans Venise, il te fera bientôt trembler. BÉNÉDICK. — Je m’attends aussitôt à un tremblement de terre.
Pedro. Well, you will temporize with the houres, in the meane time, good Signior Benedicke, repaire to Leonatoes, commend me to him, and tell him I will not faile him at supper, for indeede he hath made great preparation.
DON PÈDRE. — Eh bien ! temporisez d’heure en heure ; mais cependant, seigneur Bénédick, rendez-vous chez Léonato, faites-lui mes civilités, et dites-lui que je ne manquerai point de me trouver au souper ; car il a fait de grands préparatifs.
Bene. I haue almost matter enough in me for such an Embassage, and so I commit you. Clau. To the tuition of God. From my house, if I had it. Pedro. The sixt of Iuly. Your louing friend, Benedick.
BÉNÉDICK. — J’ai presque tout ce qu’il me faut pour faire un tel message ; ainsi je vous recommande… CLAUDIO. — À la garde de Dieu, daté de ma maison, si j’en avais une. DON PÈDRE. — Le six de juillet, votre féal ami, Bénédick.
Bene. Nay mocke not, mocke not; the body of your discourse is sometime guarded with fragments, and the guardes are but slightly basted on neither, ere you flout old ends any further, examine your conscience, and so I leaue you. Exit.
BÉNÉDICK. — Ne raillez pas, ne raillez pas ! le corps de votre discours est souvent vêtu de simples franges dont les morceaux sont très-légèrement faufilés ; ainsi, avant de lancer plus loin de vieux sarcasmes, examinez votre conscience ; et là-dessus, je vous laisse.
Clau. My Liege, your Highnesse now may doe mee good. Pedro. My loue is thine to teach, teach it but how, And thou shalt see how apt it is to learne Any hard Lesson that may do thee good.
(Bénédick sort.) CLAUDIO. — Mon prince, Votre Altesse peut maintenant me faire du bien. DON PÈDRE. — C’est à toi d’instruire mon amitié ; apprends-lui seulement comment elle peut te servir, et tu verras combien elle sera docile à retenir tout ce qui pourra te faire du bien, quelque difficile que soit la leçon.
Clau. Hath Leonato any sonne my Lord? Pedro. No childe but Hero, she's his onely heire. Dost thou affect her Claudio?
CLAUDIO. — Léonato a-t-il des fils, mon seigneur ? DON PÈDRE. — Il n’a d’autre enfant que Héro. Elle est son unique héritière ; vous sentez-vous du penchant pour elle, Claudio ?
Clau. O my Lord, When you went onward on this ended action, I look'd vpon her with a souldiers eie, That lik'd, but had a rougher taske in hand, Than to driue liking to the name of loue:
CLAUDIO. — Ah ! seigneur, quand vous passâtes pour aller terminer cette guerre, je ne la vis que de l’œil d’un soldat à qui elle plaisait, mais qui avait en main une tâche plus rude que celle de changer ce goût en amour ;
But now I am return'd, and that warre-thoughts Haue left their places vacant: in their roomes, Come thronging soft and delicate desires, All prompting mee how faire yong Hero is, Saying I lik'd her ere I went to warres.
à présent que je suis revenu ici, et que les pensées guerrières ont laissé leur place vacante, au lieu d’elles viennent une foule de désirs tendres et délicats qui me répètent combien la jeune Héro est belle, et me disent que je l’aimais avant d’aller au combat.
Pedro. Thou wilt be like a louer presently, And tire the hearer with a booke of words: If thou dost loue faire Hero, cherish it, And I will breake with her: wast not to this end, That thou beganst to twist so fine a story?
DON PÈDRE. — Te voilà bientôt un véritable amant. Déjà tu fatigues ton auditeur d’un volume de paroles. Si tu aimes la belle Héro, eh bien ! aime-la. Je ferai les ouvertures auprès d’elle et de son père, et tu l’obtiendras. N’est-ce pas dans ces vues que tu as commencé à me filer une si belle histoire ?
Clau. How sweetly doe you minister to loue, That know loues griefe by his complexion! But lest my liking might too sodaine seeme, I would haue salu'd it with a longer treatise.
CLAUDIO. — Quel doux remède vous offrez à l’amour ! À son teint vous nommez son mal. De peur que mon penchant ne vous parût trop soudain, je voulais m’aider d’un plus long récit.
Ped. What need the bridge much broder then the flood? The fairest graunt is the necessitie: Looke what will serue, is fit: 'tis once, thou louest, And I will fit thee with the remedie,
DON PÈDRE. — Et pourquoi faut-il que le pont soit plus large que la rivière ? La meilleure raison pour accorder, c’est la nécessité. Tout ce qui peut te servir ici est convenable. En deux mots, tu aimes, et je te fournirai le remède à cela.
I know we shall haue reuelling to night, I will assume thy part in some disguise, And tell faire Hero I am Claudio, And in her bosome Ile vnclaspe my heart, And take her hearing prisoner with the force
– Je sais qu’on nous apprête une fête pour ce soir ; je jouerai ton rôle sous quelque déguisement, et je dirai à la belle Héro que je suis Claudio ; j’épancherai mon cœur dans son sein, je captiverai son oreille par l’énergie et l’ardeur de mon récit amoureux ;
And strong incounter of my amorous tale: Then after, to her father will I breake, And the conclusion is, shee shall be thine, In practise let vs put it presently. Exeunt. Enter Leonato and an old man, brother to Leonato.
ensuite j’en ferai aussitôt l’ouverture à son père ; et pour conclusion, elle sera à toi. Allons de ce pas mettre ce plan en exécution. (Ils sortent.) Appartement dans la maison de Léonato. Léonato et Antonio paraissent.
How now brother, where is my cosen your son: hath he prouided this musicke? Old. He is very busie about it, but brother, I can tell you newes that you yet dreamt not of.
LÉONATO. — Eh bien ! mon frère, où est mon neveu votre fils ? A-t-il pourvu à la musique ? ANTONIO. — Il en est très-occupé. – Mais, mon frère, j’ai à vous apprendre d’étranges nouvelles auxquelles vous n’avez sûrement pas rêvé encore.
Lo. Are they good?
LÉONATO. — Sont-elles bonnes ?
Old. As the euents stamps them, but they haue a good couer: they shew well outward, the Prince and Count Claudio walking in a thick pleached alley in my orchard, were thus ouer-heard by a man of mine: the Prince discouered to Claudio that hee loued my niece your daughter, and meant to acknowledge it this night in a dance, and if hee found her accordant, hee meant to take the present time by the top, and instantly breake with you of it.
ANTONIO. — Ce sera suivant l’événement ; mais elles ont bonne apparence et s’annoncent bien. Le prince et le comte Claudio se promenant tout à l’heure ici dans une allée sombre de mon verger, ont été secrètement entendus par un de mes gens.
Leo. Hath the fellow any wit that told you this?
Le prince découvrait à Claudio qu’il aimait ma nièce votre fille ; il se proposait de le lui confesser cette nuit pendant le bal, et s’il la trouvait consentante, il projetait de saisir l’occasion aux cheveux et de s’en ouvrir à vous, sans tarder. LÉONATO. — L’homme qui vous a dit ceci a-t-il un peu d’intelligence ?
Old. A good sharpe fellow, I will send for him, and question him your selfe.
ANTONIO. — C’est un garçon adroit et fin. Je vais l’envoyer chercher. Vous l’interrogerez vous-même.
Leo. No, no; wee will hold it as a dreame, till it appeare it selfe: but I will acquaint my daughter withall, that she may be the better prepared for an answer, if peraduenture this bee true: goe you and tell her of it: coosins, you know what you haue to doe, O I crie you mercie friend, goe you with mee and I will vse your skill, good cosin haue a care this busie time. Exeunt.
LÉONATO. — Non, non. Regardons la chose comme un songe, jusqu’à ce qu’elle se montre elle-même. Je veux seulement en prévenir ma fille, afin qu’elle ait une réponse prête, si par hasard ceci se réalisait. (Plusieurs personnes traversent le théâtre.) Allez devant et avertissez-la. – Cousins, vous savez ce que vous avez à faire. – Mon ami, je vous demande pardon ; venez avec moi, et j’emploierai vos talents. – Mes chers cousins, aidez-moi dans ce moment d’embarras. (Tous sortent.)
Enter Sir Iohn the Bastard, and Conrade his companion. Con. What the good yeere my Lord, why are you thus out of measure sad? Ioh. There is no measure in the occasion that breeds, therefore the sadnesse is without limit.
Un autre appartement dans la maison de Léonato. Entrent don Juan et Conrad. CONRAD. — Quel mal avez-vous, seigneur ? D’où vous vient cette tristesse extrême ? DON JUAN. — Comme la cause de mon chagrin n’a point de bornes, ma tristesse est aussi sans mesure.
Con. You should heare reason. Iohn. And when I haue heard it, what blessing bringeth it? Con. If not a present remedy, yet a patient sufferance.
CONRAD. — Vous devriez entendre raison. DON JUAN. — Et quand je l’aurais écoutée, quel fruit m’en reviendrait-il ? CONRAD. — Sinon un remède actuel, du moins la patience.
Ioh. I wonder that thou (being as thou saist thou art, borne vnder Saturne) goest about to apply a morall medicine, to a mortifying mischiefe: I cannot hide what I am: I must bee sad when I haue cause, and smile at no mans iests, eat when I haue stomacke, and wait for no mans leisure: sleepe when I am drowsie, and tend on no mans businesse, laugh when I am merry, and claw no man in his humor.
DON JUAN. — Je m’étonne qu’étant né, comme tu le dis, sous le signe de Saturne, tu veuilles appliquer un topique moral à un mal désespéré. Je ne puis cacher ce que je suis ; il faut que je sois triste lorsque j’en ai sujet.
Con. Yea, but you must not make the ful show of this, till you may doe it without controllment, you haue of
Je ne sais sourire aux bons mots de personne. Je veux manger quand j’ai appétit, sans attendre le loisir de personne ; dormir lorsque je me sens assoupi, et ne jamais veiller aux intérêts de personne ; rire quand je suis gai, et ne flatter le caprice de personne. CONRAD. — Oui, mais vous ne devez pas montrer votre caractère à découvert que vous ne le puissiez sans contrôle.
late stood out against your brother, and hee hath tane you newly into his grace, where it is impossible you should take root, but by the faire weather that you make your selfe, it is needful that you frame the season for your owne haruest.
Naguère vous avez pris les armes contre votre frère, et il vient de vous rendre ses bonnes grâces ; il est impossible que vous preniez racine dans son amitié, si vous ne faites pour cela le beau temps. C’est à vous de préparer la saison qui doit favoriser votre récolte.
Iohn.
DON JUAN.
I had rather be a canker in a hedge, then a rose in his grace, and it better fits my bloud to be disdain'd of all, then to fashion a carriage to rob loue from any: in this (though I cannot be said to be a flattering honest man) it must not be denied but I am a plaine dealing villaine, I am trusted with a mussell, and enfranchisde with a clog, therefore I haue decreed, not to sing in my cage: if I had my mouth, I would bite: if I had my liberty, I would do my liking: in the meane time, let me be that I am, and seeke not to alter me.
— J’aimerais mieux être la chenille de la haie qu’une rose par ses bienfaits. Le dédain général convient mieux à mon humeur que le soin de me composer un extérieur propre à ravir l’amour de qui que ce soit.
Con. Can you make no vse of your discontent?
Si l’on ne peut me nommer un flatteur honnête homme, du moins on ne peut nier que je ne sois un franc ennemi. Oui, l’on se fie à moi en me muselant, ou l’on m’affranchit en me donnant des entraves. Aussi, j’ai résolu de ne point chanter dans ma cage. Si j’avais la bouche libre, je voudrais mordre ; si j’étais libre, je voudrais agir à mon gré : en attendant, laisse-moi être ce que je suis ; ne cherche point à me changer. CONRAD. — Ne pouvez-vous tirer aucun parti de votre mécontentement ?
Iohn. I will make all vse of it, for I vse it onely. Who comes here? what newes Borachio? Enter Borachio. I came yonder from a great supper, the Prince your brother is royally entertained by Leonato, and I can giue you intelligence of an intended marriage.
DON JUAN. — J’en tire tout le parti possible, car je ne m’occupe que de cela. – Qui vient ici ? Quelles nouvelles, Borachio ? (Entre Borachio.) BORACHIO. — J’arrive ici d’un grand souper. Léonato traite royalement le prince votre frère, et je puis vous donner connaissance d’un mariage projeté.
Iohn. Will it serue for any Modell to build mischiefe on? What is hee for a foole that betrothes himselfe to vnquietnesse? Bor. Mary it is your brothers right hand. Iohn. Who, the most exquisite Claudio?
DON JUAN. — Est-ce une base sur laquelle on puisse bâtir quelque malice ? Nomme-moi le fou qui est si pressé de se fiancer à l’inquiétude. BORACHIO. — Eh bien ! c’est le bras droit de votre frère. DON JUAN. — Qui ? le merveilleux Claudio ?
Bor. Euen he. Iohn. A proper squier, and who, and who, which way lookes he? Bor. Mary on Hero, the daughter and Heire of Leonato. Iohn. A very forward March-chicke, how came you to this:
BORACHIO. — Lui-même. DON JUAN. — Un beau chevalier ! Et à qui, à qui ? Sur qui jette-t-il les yeux ? BORACHIO. — Diantre ! – Sur Héro, la fille et l’héritière de Léonato. DON JUAN. — Poulette précoce de mars ! Comment l’as-tu appris ?
Bor. Being entertain'd for a perfumer, as I was smoaking a musty roome, comes me the Prince and Claudio, hand in hand in sad conference: I whipt behind the Arras, and there heard it agreed vpon, that the Prince should wooe Hero for himselfe, and hauing obtain'd her, giue her to Count Claudio.
BORACHIO. — Comme on m’avait traité en parfumeur, et que j’étais chargé de sécher une chambre qui sentait le moisi, j’ai vu venir à moi Claudio et le prince se tenant par la main. Leur conférence était sérieuse ;
Iohn. Come, come, let vs thither, this may proue food to my displeasure, that young start-vp hath all the glorie of my ouerthrow: if I can crosse him any way, I blesse my selfe euery way, you are both sure, and will assist mee?
je me suis caché derrière la tapisserie ; de là je les ai entendus concerter ensemble que le prince demanderait Héro pour lui-même, et qu’après l’avoir obtenue il la céderait au comte Claudio. DON JUAN. — Venez, venez, suivez-moi ; ceci peut devenir un aliment pour ma rancune.
Conr. To the death my Lord.
Ce jeune parvenu a toute la gloire de ma chute. Si je puis lui nuire en quelque manière, je travaille pour moi en tout sens. Vous êtes deux hommes sûrs : vous me servirez ? CONRAD. — Jusqu’à la mort, seigneur.
Iohn. Let vs to the great supper, their cheere is the greater that I am subdued, would the Cooke were of my minde: shall we goe proue whats to be done?
DON JUAN. — Allons nous rendre à ce grand souper : leur fête est d’autant plus brillante qu’ils m’ont subjugué. Je voudrais que le cuisinier fût du même avis que moi ! – Irons-nous essayer ce qu’il y a à faire ?
Bor. Wee'll wait vpon your Lordship. Exeunt.
BORACHIO. — Nous accompagnerons Votre Seigneurie. (Ils sortent.)
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